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Giuseppe Di Stefano chante Verdi

Par Jacques Bonnaure | CLASSICA | LES ENREGISTREMENTS MYTHIQUES | 16 mai 2008

Principal partenaire de Maria Callas, sous la conduite de chefs d’orchestre prestigieux, comme Herbert Von Karajan ou Alberto Erede, voici quelques unes des meilleures prestations du ténor sicilien dans des extraits d’opéra de Verdi, Gounod, Massenet Thomas ou Bizet... Bonne écoute !


GUIDE D’ÉCOUTE

Avertissement : ces enregistrements historiques ont été restitués avec le plus grand soin, afin d’en préserver le naturel et la présence. Les bruits parasites résiduels sont inhérents aux supports et aux techniques de l’époque.

Bio express


1921

Naît à Motta Santa Anastasia en Sicile (24 juillet).

1946

Débute dans Manon (Reggio).

1951

Chante pour la première fois avec Maria Callas (La traviata).

1953

Commence une importante carrière discographique, essentiellement pour le label Columbia (EMI).

1973

Met en scène Les Vêpres siciliennes, à Turin.

1974

Entame sa dernière tournée (écourtée) avec Maria Callas.

2004

Est agressé au Kenya.

2008

Meurt à Santa Maria Hoè, près de Milan (3 mars).

Giuseppe Verdi (1813-1901)


LA TRAVIATA

London Symphony Orchestra, dir. Alberto Erede. Enregistré en 1950.

« Lunge da lei... De’ miei bollenti spiriti » :

Resté seul à la campagne, le jeune Alfredo Germont évoque l’amour sincère que la demi-mondaine Violetta et lui éprouvent l’un pour l’autre.

LE TROUVERE

Chœurs et orchestre de La Scala de Milan, dir. Herbert von Karajan. Enregistré en 1956.

« Ah, sì ben mio » :

« Di quella pira » :

Manrico va épouser Leonora que lui dispute le comte de Luna (« Ah, sì ben mio »). Au cours de la cérémonie, il apprend que sa mère va être exécutée sur l’ordre du comte. Il réunit ses partisans et part la délivrer (« Di quella pira »).

RIGOLETTO

Orchestre de La Scala de Milan, dir. Tulio Serafin. Enregistré en 1955.

« Questa o quella » :

« Ella mi fu rapita !... Parmi veder le lagrime » :

« La donna è mobile » :

Le duc de Mantoue est un débauché (« Questa o quella ») mais s’éprend de la fille de son bouffon (« Ella mi fu rapita !... Parmi veder le lagrime »). Au dernier acte, il se rend dans un bouge où il chante la chanson qui popularisa immédiatement Rigoletto (« La donna è mobile »).

UN BAL MASQUÉ

Chœurs et orchestre de La Scala de Milan, dir. Antonino Votto. Enregistré en 1956.

« Di’ tu se fedele » :

« Teco io sto... Non sai tu che se l’anima mia... » * :

* Maria Callas

« Forse la soglia attinse... Ma se m’è forza perderti » :

Épris d’Amelia, l’épouse de son ami, Riccardo apprend qu’il sera tué. Pour donner le change, celui-ci chante une barcarolle (« Di’ tu se fedele »). Puis il rencontre en secret Amelia et ils s’avouent leur amour (« Teco io sto... Non sai tu che se l’anima mia... »). Il devra toutefois l’exiler avec son mari mais espère la revoir une dernière fois, lors d’un bal masqué (« Forse la soglia attinse... Ma se m’è forza perderti »).

REQUIEM

NBC Symphony Orchestra, dir. Arturo Toscanini. Enregistré en 1951.

Ingemisco :

« Je gémis comme un coupable. La faute rougit mon visage. » La strophe du Dies irae est prétexte pour Verdi à un célèbre solo de ténor.

Charles Gounod (1818-1893)


FAUST

Orchestre du Metropolitan de New York, dir. Wilfrid Pelletier. Enregistré, en public, en 1949.

« Salut ! Demeure chaste et pure... » :

« Il se fait tard, adieu... O nuit d’amour ! Ciel radieux ! »* :

*Dorothy Kirsten

Faust pénètre dans le jardin de Marguerite. Il est séduit par la simplicité des lieux (« Salut ! Demeure chaste et pure... »). Un peu plus tard, ils s’avouent mutuellement leur amour (« Il se fait tard, adieu... O nuit d’amour ! Ciel radieux ! »).

Jules Massenet (1842-1912)


MANON

London Symphony Orchestra, dir. Alberto Erede. Enregistré en 1947.

« Io son solo » :

« Ah ! Dispar vision » :

Pour un homme riche, Manon a quitté le chevalier Des Grieux. Le souvenir de cette liaison hante néanmoins ce dernier, devenu séminariste (« Io son solo »-« Ah ! Dispar vision »).

WERTHER

Eoardo Moser, piano. Enregistré en 1945.

« Pourquoi me réveiller » :

Épris de Charlotte, épouse d’Albert, Werther revient à l’improviste lui chanter un poème d’Ossian.

Ambroise Thomas (1811-1896)


MIGNON

London Symphony Orchestra, dir. Alfredo Erede. Enregistré en 1950.

« Ah ! Non credevi tu, nel vergin tuo candore » :

« Addio, Mignon » :

Wilhelm Meister est troublé par la jeune Mignon qu’il a recueillie et dont il réalise qu’elle est amoureuse de lui (« Ah ! Non credevi tu, nel vergin tuo candore »). Il veut toutefois s ’en séparer (« Addio, Mignon »).

Georges Bizet (1838-1875)


LES PÊCHEURS DE PERLES

Edoardo Moser, piano. Enregistré en 1945.

« Mi par d’udire ancora » :

Le chasseur Nadir est arrivé dans un village de pêcheurs de perles de Ceylan. La prêtresse Leïla les protège mais doit ignorer l’amour. Or, Nadir retrouve celle qu’il a connue jadis...

Depuis l’agression qu’il avait subie en 2004 dans sa villa du Kenya, Giuseppe Di Stefano était resté très handicapé, et tous les amateurs d’opéras du monde avaient pour lui une pensée émue car, bien qu’il ait quitté la scène depuis longtemps, ses très nombreuses intégrales réalisées avec Maria Callas figuraient encore dans les discothèques de chacun.

Le grand interprète d’Arturo dans I Puritaniet de Turiddu, dans Cavalleria rusticana, qui s’est éteint le 3 mars dernier, était sicilien, comme Bellini et comme les héros de l’opéra de Mascagni. Fils d’un cordonnier, il chante en famille, une famille qui fait de gros sacrifices pour lui payer des leçons de chant, remporte tout jeune des concours, et, comme la plupart des grands ténors, se produit dans les cafés et les cinémas. Paradoxalement, il doit son succès à la guerre.

Fait prisonnier par les Allemands, évadé, recueilli dans un camp de réfugiés en Suisse, il y réalise une émission pour la Radio de Lausanne qui le fera connaître. Dès la fin des hostilités, après avoir pris des leçons auprès d’un célèbre professeur, il débute à Reggio nell’Emilia, en 1946, dans le rôle de Des Grieux de Manon de Massenet.

Les premières années de sa carrière sont essentiellement italiennes. On le trouve un peu partout dans des rôles de ténor lyrique comme Des Grieux (Manon), Alfredo (La traviata), le duc de Mantoue (Rigoletto), Nadir (Les Pêcheurs de perles), Fritz (L’amico Fritz de Mascagni) où le charme de son timbre fait chavirer le cœur des dilettanti.

La Scala l’invite dès 1947 (Des Grieux encore), le Metropolitan Opera (Rigoletto) un an après et dès lors, bien qu’il soit « en troupe » au Met, on l’entend dans les plus grands théâtres du monde, également à l’aise dans les répertoires français et italien. L’enregistrement de Faust de Gounod (New York, 1949) nous montre un ténor doté d’un timbre particulièrement sensuel et d’une exceptionnelle élégance, plus sobre que son aîné Beniamino Gigli dont l’étoile pâlissait, et qu’il remplace à point nommé comme premier grand ténor lyrique international.

À cette époque, les grands labels du disque classique reconstituent leurs fonds de catalogue, organisent leurs écuries, poussés par les nouvelles possibilités qu’offre à la musique classique le 33 tours long playing. Il est l’homme de la situation. Comme Mario Del Monaco, dans un autre registre.

En 1951, Di Stefano commence bien l’année en participant sous la direction de Toscanini au Requiem de Verdi donné pour le cinquantenaire de la mort du compositeur. Mais surtout, il a chanté pour la première fois avec Maria Callas (dans La traviata, à São Paulo). Le vigilant Walter Legge, directeur artistique de la British Columbia, va constituer un couple de rêve, pendant du couple Del Monaco/Tebaldi de son concurrent Decca.

Leurs premières intégrales communes seront celles de Lucia di Lammermoor et d’I Puritani, en février et mars 1953, suivies de huit autres, jusqu’en 1957, sans compter leurs enregistrements live, aujourd’hui couramment commercialisés comme la célèbre Traviata milanaise de 1955 ou la Lucia berlinoise dirigée la même année par Karajan. Par ailleurs il réalise d’autres enregistrements pour Decca (L’elisir d’amore, La Gioconda, Tosca) et RCA (La forza del destino, extraits de Manon et La Bohème).

À partir des années 1960, l’apogée de sa carrière est passé. Il effectuera cependant avec Callas, son amie de cœur, une ultime tournée en 1974. On l’entendra encore en 1992, aux thermes de Caracalla, dans le rôle de l’empereur Altoum de Turandot, idéal pour un chanteur retraité qui aura laissé tant d’excellents souvenirs.

 

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