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Opéras en intégrale

Par André Tubeuf | CLASSICA | LE COIN DES COLLECTIONNEURS | 5 mars 2008

Quelques raretés du répertoire, ce mois-ci.



Retour très bienvenu en Berlin Classics d’une Genoveva de Schumann de référence absolue (malgré Harnoncourt et ses tensions-tiraillements). Masur et le Gewandhaus, c’est l’authenticité et l’esprit juste, et deux performances de chanteurs restent inapprochables, Schreier dans ce qui est peut-être son meilleur rôle lyrique et surtout Edda Moser, rare dans cet emploi, et incomparable de sentiment, de ligne, de charme. Le Siegfried de Fischer-Dieskau en est presque éclipsé ! (Berlin Classics 2 CD 0020562BC, note 10).

Autre aubaine absolue, le retour (en son radio parfait) du Boris Godounov en allemand dirigé par Jochum avec la Bayerische Rundfunk et un écrasant Hans Hotter (qui en avait créé la version originale avec Jochum précisément à Hambourg en 1937). Un seul mot : monumental. Si on ajoute Mödl en Marina, Borg en Pimène et Hopf en faux Dimitri, plus parmi les seconds plans munichois Uhde, Kusche, Fehenberger, Kurt Böhme en Varlaam, Herta Töpper, Benningsen, on voit l’impact. En bonus, Hotter dans ses Wagner munichois de 1942 à 1944 (Holländer avec Krauss, les 78 tours), à quoi on peut préférer l’alternative chez Bella Voce, un extravagant acte polonais de Hambourg 1950 avec Mödl et Rudolf Schock (Myto 3 CD 00138, note 9).

L’intérêt de Don Carlo (le Met, 1950) est plus limité. Limité strictement à Björling, en top forme. Mr Bing ouvre son règne, on n’a pas donné Don Carlo au Met depuis le temps des Pinza, Ponselle, Martinelli, mais il n’y a pas photo. Siepi est très très jeune, et Merrill, Delia Rigal, la Barbieri diversement dégrossis. Et Stiedry dirige. Mais Björling ! (Myto 2 CD 00052, note 6).

Superbe livraison d’hiver chez Gala, avec même de l’inédit. Deux Verdi se recommandent d’abord par leur date, âge d’or radiophonique et lyrique. Au début des années 1940, Marinuzzi demeurait le plus compétent et vif des chefs lyriques purement italiens. Sa production de Ballo in maschera pour Rome réunit la crème de la crème d’alors (et de là), chaque chanteur exemplairement conduit y donnant son absolu meilleur : la Caniglia, étonnamment fraîche, moins corsetée et durcie qu’en studio avec Serafin et Gigli ; Cloe Elmo, trop claire d’abord, mais saisissante en Ulrica ; un encore jeune Tagliabue à la ligne superbe (plus l’aigu) ; et Galliano Masini, largement oublié par le disque, notoirement journalier mais qui, bien tenu comme il l’est ici, est aisément au premier rang des ténors italiens de son emploi. Ce que confirme le fill-up, extraits de Forza, seul enregistrement de studio de Marinuzzi avec les trois mêmes principaux. Splendide ensemble (Gala 2 CD GL100.789, note 9).

Dans Oberto , autrement rare, la vedette est Maria Vitale, carrière éclatante mais très courte, un spinto vibrant, avec des demi-teintes. Auprès d’elle Modesti (Oberto) et l’importante Nicolai sont très bien, mais le ténor Bonelli affreusement plébéien. Fragments de Lombardi en fill-up avec Vitale superbe de ligne et subtilité et son ténor, cette fois-ci Aldo Bertocci (autre oublié), digne d’elle (Gala 2 CD GL100.798, note 8).

Bonne surprise avec Die Liebe der Danae, où Richard Strauss lui-même voyait quelque chose comme une opérette narquoise, et que Mackerras (avec la BBC, 1980) traite en effet avec autant de légèreté que permet l’orchestration luxuriante. Cast anglo-saxon où Norman Bailey sans être ni Hotter ni Schoeffler (les créateurs à Salzbourg) est la solidité et l’efficience mêmes. Les rois ne sont pas mal du tout, notamment un certain Kenneth Woollam dans la périlleuse tessiture de Midas, les reines non plus (mention à la Sémélé d’Elzabeth Gale). Mais la vraie surprise vient d’Arlene Saunders, trop souvent surdistribuée par Liebermann à Hambourg, mais voix Strauss par excellence, crémeuse, ductile, qui rappelle souvent Fleming. Sans valoir Salzbourg 1953 (avec Krauss), largement mieux que des Danae entendues depuis (Gala 2 CD GL100.794, note 8).

La perle vient de Radio Cologne 1953, une Lady Hamilton parfaitement inattendue, dont Künneke en 1926 fit une opérette (les aventures de la dame datent ici d’avant Nelson). C’est le type même de l’opérette jazzy à fox-trot dont Berlin raffolait alors. Il y a du dialogue certes, mais le doublage par des comédiens (de règle à la radio allemande des années 1950) marche mieux qu’ailleurs. Anny Schlemm dans sa première fleur est éblouissante de verve et de voix, le ténor Fehringer délicieux de charme et de timbre, et les ensembles conduits de main de maître par Franz Marszalk, rescapé de la création. En fill-up, exquis fragments de Traumland du même Künneke, avec un vrai cast, Käthe Maas, Richard Holm, Rothenberger toute jeunette. Curieux, précipitez-vous ! Ce ton d’opérette ne se retrouve nulle part ailleurs, et console de tant de viennoiseries réchauffées (Gala 2 CD GL100.774, note 9).

 


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