Claviers et orchestres en solo
Récitals de pianistes aux tempéraments très variés.
Disparu prématurément il y a tout juste vingt ans, Youri Egorov (1954-1988) a laissé le souvenir aujourd’hui un peu estompé d’un météore musical surdoué, que certains ont comparé à Dinu Lipatti.
EMI a réuni l’intégrale de ses enregistrements réalisés entre 1978 et 1985. Voir notre « Sélection CD » p. 81 (EMI 7 CD 2065312, 1978-1985, 7 h 19’, note 9).
Les enregistrements Bach d’Arthur Schnabel reparaissent chez Naxos et restent passionnants, finalement tout autant que ses remarquables Schubert et Beethoven. On y admirera tout particulièrement le Concerto italien, interprété avec poésie dans un style classique, dépouillé, qui n’a rien à envier à aucune version moderne. La Fantaisie chromatique impressionne moins, ne serait-ce que pour des raisons de prise de son, mais les deux Toccatas sont jouées avec naturel, énergie, et finesse - et une sonorité très fine sans doute due à la prise de son d’époque (Naxos 8111286, 1936-1948, 69’, note 6).
Arthur Loesser enregistra Le Clavier bien tempéré de Bach en 1964, quelques années avant sa mort. C’est le témoignage d’un excellent pianiste qui, élevé dans la tradition du romantisme, n’en était pas moins un grand érudit et musicographe. Ses interprétations frappent par l’animation des tempos, une sécheresse de son, et un caractère très direct et déterminé. Leur principale limite tient aux fluctuations rythmiques du pianiste qui ne semblent pas toujours contrôlées, même si elles reflètent un tempérament ardent et engagé (Doremi 3 CD DHR78935, 1964, 3 h 38’, note 6).
Rien de très nouveau dans ces deux CD d’enregistrements live de Sviatoslav Richter à Prague, à la fin des années 1950. L’un, tout Schumann comprend la Fantaisie en ut, les Scènes de la forêt, six des huit Fantasiestücke op. 12, et la Marche op. 76 n° 2 que Richter joua souvent. Tout est ou a été disponible chez Praga (Fantaisie) ou DG (le reste). Le style est sobrement virtuose, plus solide que foncièrement poétique. Les pièces les plus réussies sont celles où s’exprime la fièvre schumannienne (Supraphon SU3795-2, 1956-1959, 75’, note 7).
L’autre comprend six Préludes et fugues op. 87 de Chostakovitch, enregistrés en 1956, treize Études et la Polonaise-Fantaisie de Chopin (1960). Là encore, ces archives avaient déjà été publiées par Ultraphon (Chostakovitch) et Praga (Chopin). L’association est tout de même intéressante pour saisir l’envergure de la palette expressive de Richter, d’une austérité absolue chez Chostakovitch, d’une puissance foudroyante dans certaines Études de Chopin. Prises de son un peu ternes mais correctes (Supraphon SU3796-2, 1956-1960, 77’, note 8).
Si jamais le terme d’interprète a eu un sens c’est bien pour le pianiste Ervin Nyiregyhazi (1903-1987). Cet enfant prodige fut présenté comme le nouveau Liszt et eut une carrière en dent de scie. On comprend pourquoi. A l’époque de ces enregistrements de concert, où il interprète Liszt, Brahms, Schubert, Grieg, Tchaïkovski, Scriabine, Rachmaninov, Debussy, Chopin, il était déjà âgé mais n’avait rien perdu de ses curieuses habitudes : modifier les partitions, transformer les tempos, généralement en les étirant. On reconnaît parfois à peine les oeuvres. Il paraît que certains trouvent cela romantique et génial. On mettra plutôt ces enregistrements au rayon des curiosités psychologiques (Music&Arts 2 CD MACD1202(2), 1972-1982, 2 h 31’, note 4).
Si Ignacy Jan Paderewski (1860-1941) revenait et jouait comme on l’entend dans ces enregistrements presque centenaires, il ne passerait pas les épreuves préliminaires d’un concours de moyenne renommée. Ce n’est pas très juste, le tempo est flottant, les effets sont toujours un peu appuyés. C’est dire que la musique est un art du temps et que ce qui bouleversait nos ancêtres nous laisse sceptiques. Ces « vieilles cires », les premières qu’il ait réalisées, sont un précieux témoignage du style post-romantique, instinctif et sentimental. Il est vrai que la dimension des morceaux ne représente pas vraiment son répertoire. On ne trouvera ici que des pièces brèves de Chopin, Schubert (mais transcrit par Liszt), Mendelssohn, Debussy (du contemporain !), Schumann, Stojowski et Paderewski soi-même (2 CD APR 2 CD 6006, 1911-1912, 2 h 26’, note 5).
Vladimir Horowitz avait une approche assez atypique de la musique de Chopin. Beaucoup de panache, un son un peu sec, un style nerveux et incisif. Cela ne convient pas à tout Chopin mais dans les pièces les plus vigoureuses, cette lecture donne une ampleur symphonique, une puissance, une densité sonore et une tension impressionnantes. Tout le programme provient d’enregistrements RCA : Sonate n° 2 « Funèbre », Barcarolle, Polonaise-Fantaisie, Étude op. 10 n° 3, Scherzo n° 1, Ballade n° 4 - deux fois, 1949 et 1952, la première version, retirée de la vente à la demande d’Horowitz, était devenue rarissime (Naxos « Historical », 8111282, 1949-1957, 68’, note 8).
Ce que l’on entend dans le volume II de la série WDR consacrée à Géza Anda se rapproche de l’école poétique allemande, celle de Kempff par exemple. Les choix d’Anda sont modérés, en dépit de possibilités que l’on pressent immenses mais il appartient à l’esthétique de l’équilibre et du rien de trop. Le Concerto n° 1 de Beethoven où il dirige lui-même l’Orchestre de la Radio de Cologne est un modèle de limpidité, et il trouve le ton juste dans les Sonates nos 7 et 28. On ne s’étonnera donc pas qu’il ne surcharge pas la Sonate n° 3 de Brahms, même dans les mouvements les plus vifs où il évite le style rocailleux. Pour la Sonate de Liszt, on a connu plus grandiose ou volcanique. N’empêche que de telles lectures qui ne donnent pas le grand choc lasseront moins que d’autres. Bien évidemment, le moment de rêve de l’album, on l’entendra dans les Intermezzi op. 117 de Brahms, idéalement adaptés à la tendresse de l’interprète (Audite 2 CD 23408, 1955-1969, 2 h 27’, note 8). Le volume III reprend des concerts radiodiffusés des années 1954-1960. Que du classique : Kreisleriana, les Études symphoniques, Carnaval et la Romance op. 28 n° 2 de Schumann, les 24 Préludes op. 28 et les Douze Études op. 25 de Chopin. Le puriste tatillon pourra toujours repérer çà et là quelques lacunes techniques. N’empêche que dans ce répertoire plus que rebattu, Anda parvient à intéresser et, sinon à faire du neuf, du moins à montrer une personnalité affirmée. Ce n’est pas tant la fougue ni l’expressivité qui le caractérisent que l’imagination, la sincérité, le naturel (Audite 2 CD 23409, 1954-1960, 2 h 27’, note 8).
Les enregistrements les plus connus de Lazar Berman (1930-2005) nous donnent l’image d’un virtuose somptueux, d’une puissance symphonique. Ce n’est pas faux, mais il existe un autre Berman, qui, très sobrement, se passe de prestidigitation. C’est celui que l’on entend ici dans la Sonate en si bémol D. 960 de Schubert. Lecture grave, jamais surinterprétée, dont on pourrait dire qu’elle a les qualités des interprétations de Richter, mais sans ses maniérismes. Cette interprétation très russe manque cependant de la simplicité un peu Biedermeier qui fait le prix de trop rares versions. Le complément n’est pas négligeable : la Sonate en si mineur op. 40 n° 2 de Clementi, une oeuvre de qualité au ton très beethovénien, jouée avec force et tension (IDIS 6539, 1972, 55’, note 7).
Mieczyslaw Horszowski (1892-1993) effectua une des plus longues carrières de pianistes qui aient jamais été. Dans ces enregistrements réalisés pour la BBC, il avait plus de quatre-vingt-dix ans, ce qui explique une certaine prudence digitale dans les mouvements rapides de la Sonate n° 3 de Chopin. Horszowski était l’anti-Horowitz et n’a jamais compté sur la virtuosité pure pour briller. Son domaine à lui, c’était le chant intérieur, la musicalité pure. On s’en aperçoit bien dans le reste du programme, sobre et sans esbroufe : Prélude et fugue de Bach, Mazurkas de Chopin, Romance sans paroles de Mendelssohn, Sonate en fa K. 332 de Mozart, et même un Prélude très post-Schubert de son ami Casals, qui l’invita souvent à Prades (BBC « Legends » BBCL4230-2, 1984-1987, 77’, note 7).
Téléchargez l´album Frédéric Chopin Sonate pour piano n°2 sur qobuz.com
Téléchargez l´album Johann Sebastian Bach sur qobuz.com
Téléchargez l´album Ignace Jan Paderewski Ses premiers enregistrements (1911-1912) sur qobuz.com
Téléchargez l´album Yuri Egorov, piano The Master Pianist sur qobuz.com

Lyriques historiques
CLASSICA -
30/10/2008
-
21:40
Pour connaisseurs uniquement.
Chefs de légende
CLASSICA -
28/10/2008
-
13:47
Quelques très grands à l’affiche.
En différé de Vienne
CLASSICA -
28/10/2008
-
12:38
Passionnante livraison chez Orfeo
Dohnányi par Dohnányi
CLASSICA -
02/09/2008
-
14:44
Un compositeur bien servi par lui-même.
Voix et archets
Voix de légende
CLASSICA -
18/08/2008
-
11:00
Surprises et retrouvailles.