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La musique fait son cinéma

Toru Takemitsu

1er juillet 2008

Un nouveau et immense champ d’exploration pour les discophiles amateurs de raretés.

Par Franck Mallet / Classica

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Les éditions discographiques de la musique de Toru Takemitsu (1930-1996) pour le cinéma, sont plutôt maigres, si l’on excepte l’album anthologique « The Film Music of », publié par Nonesuch, en 1991 (7559-79404-2). Ran, la plus célèbre de toutes pour le film de Kurosawa (1985) est aujourd’hui épuisée, du moins dans son pressage français d’une trentaine de minutes (Milan), même si l’on peut dénicher, en importation japonaise, une fabuleuse édition de près de deux heures de musique (Toho Music AK-0013). Annoncée dès 2003 par l’éditeur japonais JVC Victor, une intégrale ( !) discographique de l’œuvre de Takemitsu prévoyait fièrement quelque 140 CD. Inachevée, cette publication a rassemblé néanmoins en un coffret de 7 CD, « Film Music by Toru Takemitsu » une première anthologie. Il faudra s’armer de patience et surtout connaître un traducteur zélé et cinéphile pour décrypter sur chaque disque les titres, qui n’y figurent qu’en japonais.

Le premier volume justifie à lui seul l’acquisition du coffret, car il est entièrement consacré au cinéma de Masaki Kobayashi, dont les aficionados connaissent le superbe Kwaidan, série de contes fantastiques pour lesquels le musicien a peaufiné une musique aussi fascinante que l’image. L’art de Takemitsu se concentre en près d’une demi-heure, en une bande qui mêle sons électroniques, bruits naturels, voix, cris et instruments traditionnels. Détachée du film, elle suscite sa propre dramaturgie, sans qu’à aucun moment on puisse la rattacher à un style précis. Cette science du collage repose sur la friction des timbres, l’atonalité, et le traitement, toujours inattendu et hyper raffiné du son. Cet univers personnel, où s’affrontent Cage, Debussy, Satie et l’Orient, se situe « au bord du silence », là où le son ne s’arrête jamais, où selon la formule du bouddhisme : « toute fin porte en elle un recommencement ». Voilà pourquoi le musicien surprend et captive. Ailleurs, il manipule les conventions du genre, écrivant pour un orchestre occidental classique ou un combo de jazz (L’héritage).

Le volume 2 est consacré au cinéma de Masahiro Shinoda (né en 1931), dont Fleur pâle et Forêt pétrifiée. D’une étrangeté avant-gardiste, la partition de l’Empire de la Passion (1973) est à redécouvrir dans le volume 3 consacré à au cinéaste Nagisa Oshima, tout comme le volume 4, entièrement dévolu à Hiroshi Teshigahara, avec les célèbres La Femme de sable, Le visage d’un autre, et Rikyu (1989) – l’une des partitions cinématographiques les plus accomplies de Takemitsu, avec ses extraordinaires brassages d’instruments occidentaux et orientaux. Impossible, non plus, de passer sous silence la BO de Dodes’kaden pour Kurosawa, clin d’œil au western américain, dans le volume 5…

Venu du Soleil Levant, cet objet est réservé à une poignée d’élus chassant l’importateur sérieux spécialiste de cinéma. Rare, très rare… (Coffret 7 CD en importation Victor VICG-60593-9, 7 h 35’, note ).

 


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