Siegmund von HAUSEGGER : Natursymphonie
Dès les premières notes, cette œuvre grandiose fait songer autant à Berlioz qu’à Strauss, Bruckner et Mahler.
C’est toujours un plaisir inégalé que de découvrir une œuvre grâce au disque : merci au chef Ari Rasilainen et à l’impeccable Orchestre symphonique de la Radio de Cologne pour cette Natursymphonie de 1911, aussi capiteuse que la Symphonie alpestre de Richard Strauss.
Un même élan, un même débordement, nous emporte dès les premières notes de cette œuvre grandiose, qui fait songer autant à Berlioz qu’à Strauss, Bruckner et Mahler. Encore un compositeur post-romantique ? Oui, mais pas n’importe lequel ; L’Autrichien Siegmund von Hausegger, compositeur et chef d’orchestre, eut l’insigne honneur de défendre les versions originales des symphonies de Bruckner, et avait une haute opinion de son « métier » - lui qui déclara un jour que : « L’art n’est pas un amusement, à la disposition de la société sous la forme d’un article de luxe des plus raffinés. Il est pure émanation de l’esprit humain et, pour cette raison, aussi le facteur culturel le plus important. »
Quel souffle, quel sens de l’orchestration dès le premier mouvement ! Pas une note en trop, tout ici se déploie avec un sens aigu du contraste : une volée de cuivres, le solo d’une flûte ou d’un basson, le rappel à l’ordre des percussions qui roulent comme le tonnerre, et puis cette vague gigantesque des cordes qui s’élève dans les cimes. Et puis encore ce thème, au début tapi dans l’ombre, qui revient inexorablement, comme chez Wagner et Bruckner, pour éclater à la manière d’un ultime rayon de soleil. Du grand art, propre à l’imagination la plus fertile.
D’une durée égale, le deuxième mouvement se veut plus méditatif, moins démonstratif. C’est l’heure du dialogue introspectif, de la lamentation et de l’interrogation nietzschéenne face au néant : Bruckner frappe à la porte. Pourtant, rien de grandiloquent dans ces bois chantant au-dessus d’un torrent où scintillent en chœur un célesta, le triangle et le xylophone. Le bref troisième mouvement reprend le rythme implacable du temps, et prépare, grâce aux forces conjointes des cuivres et de l’orgue, le Finale grandiose avec l’arrivée du chœur.
Depuis la Huitième de Mahler, on n’avait entendu un tel déchaînement, une telle exaltation - également ici à partir de Goethe, avec un fragment de son célèbre poème An Schwager Kronos, se concluant sur ces mots : « Là où tu vas, chemins et lieux s’embellissent. Tu ne comptes plus, tu n’évalues plus le temps. Et chaque pas est immensité. » Puissent cet album et cette interprétation en tous points remarquable nous révéler, à la suite de cette Natursymphonie, d’autres partitions aussi magiques de Siegmund von Hausegger.