John Herbert FOULDS : A World Requiem op. 60
Cette œuvre mythique, conçue au lendemain de la Grande Guerre, nous est révélée par Chandos.
Jeanne-Michèle Charbonnet (soprano), Catherine Wyn-Rogers (mezzo-soprano), Stuart Skelton (ténor), Gerald Finley (baryton), Malcolm Hicks (orgue), Trinity Boys Choir, Crouch End Festival Chorus, Philharmonia Chorus, BBC Symphony Orchestra, Leon Botstein
Chandos 2 CD CHSA5058(2) (Abeille). 2007. 1 h 30'
NOUVEAUTE_PREMIERE MULTICANAL SACD 
Belle finesse, climax un peu lointains.
Notice 

Delius, Bridge, Ireland : les plus grands compositeurs anglais ont élevé dans leur œuvre un réquisitoire émouvant contre les horreurs de 1914-1918. Le Requiem mondial de Foulds est sans doute avec le Requiem païen de Delius (1916) la pièce maîtresse de ce dispositif pacifiste, parachevé en 1963 par Britten et son War Requiem.
Cette œuvre conçue comme un hommage aux Morts et un message de consolation aux familles endeuillées, fut créée sous la direction de l’auteur, le 11 novembre 1923. Cet enregistrement live réalisé le 11 novembre 2006 permet à un large public de prendre la mesure de l’une des œuvres les plus colossales de toute l’Histoire de la musique.
Musicien presque entièrement autodidacte, ouvert à la philosophie hindoue et prêtant une oreille attentive à toutes les innovations (gammes exotiques, utilisation des quarts de ton, etc.), il connut davantage de succès avec des oeuvres de musique légère qu’avec ses œuvres sérieuses. Ses recherches trouvent leur aboutissement dans le Requiem : la polyphonie modale chère à son ami Vaughan Williams se conjugue à des éléments hindous et à une orchestration raffinée pour créer l’atmosphère de sérénité pensive propre à la méditation religieuse.
Foulds s’affirme avant tout un maître de l’écriture chorale et vocale. La tradition chorale et polyphonique de Bach s’enrichit de vocalises orientales (glossolalie), les sonorités diaphanes des choeurs d’enfant ajoutant une très british note « céleste ». L’immense formation orchestrale n’est qu’occasionnellement sollicitée à effectif complet pour les effets de masse (qui confinent alors au colossal) ; une texture transparente est en effet préférée aux effets de masse, les sonorités se réfractant en de schönbergiennes mélodies de timbres ou se regroupant en fanfares aux quatre coins de la salle, à l’instar de la Symphonie funèbre et triomphale de Berlioz.
L’œuvre progresse de l’ombre vers la lumière, une clarté mystique poignante prenant graduellement possession de la seconde partie à mon avis plus inspirée que la première, culminant en un véritable hymne à cette Jérusalem nouvelle à laquelle tant de musiciens britanniques ont élevé de grandioses cathédrales sonores dont celle-ci est probablement l’une des plus belles.
Sans crier au génie comme certains (comme toute cathédrale néo-gothique celle-ci est un peu « fabriquée » et l’on s’essouffle parfois à suivre l’auteur dans les hauteurs célestes), on saluera une réalisation magistrale et le grand talent d’architecte de Léon Botstein qui a patiemment empilé stratifications d’accords et couches vocales pour le plus grand bonheur de notre oreille et de notre cœur.
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