« Bach Vibrations », d’Andrei Pushkarev
Produit par Gidon Kremer, cet album rare est à la fois une formidable surprise, une révélation et un bonheur que n’aurait pas boudé Johann Sebastian Bach.
Andrei Pushkarev (vibraphone)
Gramola 98794 (Codæx) 2004. 60'
NOUVEAUTE STEREO DDD 
Remarquable prise de son pour cet instrument pourtant très difficile à enregistrer.
Notice
(illustrée trilingue français-anglais-allemand)

Bien que le vibraphone
- comme le saxophone et la batterie - soit un instrument que le jazz a sinon
créé mais dont il a établi la grammaire et la technique, il n’existe que très
peu d’albums (ils se comptent sur les doigts d’une main) où cet instrument soit
présenté en solo absolu.
Cette dernière publication est plus qu’une surprise,
c’est une révélation grâce à l’étendue proprement ahurissante des possibilités
du vibraphone, dont l’utilisation en groupe ne permettait pas d’en apprécier
pleinement la variété des timbres, des dynamiques et des résonances colorées.
La maîtrise instrumentale d’Andrei Pushkarev n’est pas étrangère à la mise en
oeuvre d’une si belle palette : son jeu qui combine les mailloches seules
à chaque main, le jeu à quatre mailloches et même les motifs percussifs obtenus
par la frappe des manches sur le bord de l’instrument, avec les variations du
pédalier et de la vitesse des ailettes lui permet de ne jamais être monotone ou
atone, déployant ainsi constamment les grâces d’un langage très expressif,
tantôt nostalgique, poétique, rêveur, tantôt presque primesautier, empreint
d’une joie communicative, d’un humour délicat mais immédiatement charmeur.
Andrei Pushkarev ne se borne évidemment pas à l’exposition des possibilités de
son instrument. Marque imparable de tout grand artiste, sa liberté se vivifie
des contraintes qu’il s’est librement données : la première consiste à
interpréter les quinze Inventions à deux voix de Johann Sebastian Bach (BWV 772
à 786), ce qui n’est pas évident à transcrire avec quatre mailloches au lieu de
dix doigts.
La seconde consiste à colorer l’interprétation de chacune de ces
Inventions à la manière d’un grand pianiste de jazz, convoquant ainsi le style
de Bill Evans, Oscar Peterson, Scott Joplin, Erroll Garner, Chick Corea, George
Shearing, Kenny Kirkland (quelle belle idée !) et Herbie Hancock, et d’autres
sans doute moins grands mais dotés d’une personnalité musicale connue comme
Dave Brubeck, Michel Camilo et Jacques Loussier, évident dans ce répertoire.
C’est ici que jaillit le bonheur de chaque seconde : savamment construits sous
l’apparence d’une improvisation, ces quinze purs joyaux ne trahissant ni les
vertus de Johann Sebastian Bach ni l’univers des pianistes évoqués maintiennent
l’écoute constamment en éveil, émerveillée de découvrir un langage formellement
abouti mais constamment poétique, maîtrisé mais d’une fantaisie légère, dont la
fraîcheur et la variété constantes aboutissent à ce qu’il faut bien appeler un
chef-d’oeuvre.