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Wilfried Ramoli : « Trait d’union » et point final !

Par Paul Hilarion | CLASSICA | DANSEZ, MAINTENANT | 29 mai 2008

Wilfried Romoli est l’un de ceux qui a le mieux exprimé la diversité de la danse, du romantisme à l’abstrait. A 45 ans, le danseur faisait ses adieux le 6 mai à l’Opéra Bastille dans un ballet d’Angelin Preljocaj.


Assis, face à la salle, dans la chaise qui vient de lui servir d’accessoire pour un ultime pas de deux, le danseur se fige, fixe le public pendant que l’éclairage s’affaiblit, le réduit à une ombre, l’efface. Rideau. Un silence bouleversé a précédé l’explosion : vingt minutes d’ovation de l’Opéra Bastille, spectateurs debout, ont salué l’étoile Wilfried Romoli, 45 ans, qui faisait, le 6 mai, ses adieux à la scène (dans Un Trait d’union d’Angelin Preljocaj, duo avec Laurent Hilaire). À quoi songeait l’interprète dans un tel moment ? À ces trente-cinq ans d’efforts, d’obstinations ? À la peur avant chaque lever de rideau ? Aux moments d’extase sur scène qui justifient tout ?

Wilfried Romoli est l’un de ceux qui a le mieux exprimé la diversité de la danse, du romantisme à l’abstrait, et la capacité du ballet de l’Opéra de Paris de la maîtriser. En mai, la compagnie en faisait d’ailleurs une double démonstration.

À Bastille, elle présentait la très formelle Artifact Suite de William Forsythe (sur la Chaconne en ré mineur de Bach) : figures classiques exagérées, déconstruites, lignes cassées, équilibres bouleversés et séquences répétitives… Tout cela composait un kaléidoscope magnifique et hypnotique (extraordinaire performance de Delphine Moussin et de Karl Paquette).

À Garnier, on dansait La Maison de Bernarda du suédois Mats Ek, mise en scène de la tyrannie maternelle et de la frustration sexuelle : là, les mouvements traduisent directement les sentiments, voire l’inconscient, des personnages – dos courbés pour dire la soumission, bouches ouvertes en forme de cris silencieux. Et là aussi, les interprètes étaient inspirés (Alice Renavand en servante ensoleillée, Agnès Letestu en aînée soumise, Caroline Bance resplendissante de sensualité). Quand la mère (Kader Belarbi) décolle le tapis de scène sous lequel elle cache le corps de sa fille suicidée, on touche à la vraie substance de la danse : son extraordinaire force dramatique.

Et c’est bien ce qu’ont exprimé les spectateurs en saluant avec tant de chaleur le départ de Wilfried Romoli : la danse, disaient les applaudissements, est d’abord un échange, une résonance entre l’artiste et son public. C’est aussi une tentative, sublime mais vaine, pour déjouer l’éphémère.

 




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