Bahok, par l’Akram Khan Company
1er juillet 2008
Avec son nouveau ballet « Bahok », en collaboration avec le Ballet National de Chine, le chorégraphe britannique (d’origine bangladaise) Akram Khan et sa troupe mêle ballet classique, gestuelle contemporaine et mouvements de danses traditionnelles d’Asie comme la musique de Nitin Sawhney marie instruments chinois et indiens.
Par Paul Hilarion / Classica
Ils sont assis, résignés, devant le panneau d’affichage qui refuse d’indiquer leur hypothétique départ. C’est la salle « d’attente » d’un
aéroport, peut-être d’une gare, l’un de ces lieux hors du temps où les destins se croisent, parfois se nouent, où les repères s’effacent doucement. « Je ne sais plus d’où je viens » répète cette fille, hébétée.
Ils ne parlent pas la même langue. Alors, ce sont les corps qui prennent l’initiative. Petit à petit, ils s’animent, s’accordent, se répondent. Un homme se met à tournoyer, une ballerine s’ébroue sur ses pointes, une
jeune femme, s’abandonne sur l’épaule d’un inconnu comme une poupée de chiffon…
Avec Bahok, ballet présenté le 6 juin au Théâtre de la Ville, à Paris, Akram Khan, chorégraphe anglais de parents d’origine
bengalie, a réussi à donner à ses thèmes favoris – la migration, le métissage – une dimension symbolique exceptionnelle. Comme Sofia
Coppola l’avait fait avec son film Lost in Translation, il recrée
cet état de suspension propre au voyage qui dépersonnalise les personnages. La partition de Nitin Sawhney, une trame répétitive mêlée à des échos de différents pays, renforce l’impression de décalage
et évoque les pensées vagabondes des voyageurs qui oscillent entre la réalité et les souvenirs, l’ici et l’ailleurs.
Quant à la gestuelle, à la confluence du langage classique, de la danse
contemporaine et de l’aïkido, elle explose : de puissants lancers de bras entraînent les danseurs dans des torsions sauts, tours et portés exercés
à une vitesse stupéfiante par les magnifiques interprètes de l’Akram Khan Company et du Ballet national de Chine (chacun provenant d’un pays différent : Corée du Sud, Inde, Espagne, Slovaquie, Afrique
du Sud, Chine). La dramaturgie de Guy Cools fourmille d’idées : ainsi cette jeune fille qui, en tendant son portable à la manière d’une télécommande, anime le tableau indicateur pour reprendre le contrôle
de son destin et fait apparaître ces deux mots : « Home », « Hope ». Akram Khan l’a compris : la danse est le langage idéal pour montrer
comment les êtres humains sont projetés les uns contre les autres dans le grand brassage mondial, et parfois y perdent leur âme. Bahok est sans doute le premier grand ballet des déracinés.
Le site officiel de l’Akram Khan Company
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Je lis cet article avec retard, mais j'avais exactement la même réaction que les précédents...
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