Tour de risque
Equilibristes, voltigeurs, acrobates... Le grand frisson est de retour au cirque. Cette année, à Nexon, on tremble.
Ces dix dernières années, le « nouveau cirque » avait banni la mise en spectacle du péril et de la prouesse au profit d’une approche plus intellectuelle : mises en scène sophistiquées, nouvelles technologies, costumes peu conventionnels... Aujourd’hui, plusieurs compagnies reviennent aux sources, en redonnant aux numéros de trompe-la-mort leurs lettres de noblesse. Des spectacles de la nouvelle édition du festival La Route du cirque, de Nexon, mettent en avant des trapézistes, des voltigeurs et des funambules multipliant des performances folles et intrépides. Exemples.
« Le public pense qu’actuellement les artistes ne risquent plus leur vie. C’est faux ! raconte Fanny Molliens, metteur en scène de Parfums d’Est. Le cirque reste très dangereux. Il s’y produit régulièrement des accidents. Le moindre saut périlleux demande une maîtrise inimaginable. » A la lisière du langage théâtral et de l’exploit acrobatique, cette création raconte la vie quotidienne d’une tribu de 14 acteurs-saltimbanques, leur désir de se dépasser, de braver le danger, mais aussi leurs peurs et la discipline draconienne à laquelle ils se soumettent.
« Au cirque, une blessure entraîne des complications, voire la fin d’une carrière, raconte Alexandre Fray, acrobate et auteur d’Appris par corps. Mais on apprend à travailler même avec une entorse. » Dans sa création, Alexandre Fray, porteur, fait face à Frédéric Arsenault, voltigeur. Un duo de virtuoses. Lors du « saut du plongeon », Alexandre lance son partenaire à 8 mètres de hauteur. Celui-ci, retombant tête en bas, doit se réceptionner, bras tendus, sur les épaules du porteur. « Sa vie est entre mes mains, reprend Fray. Je n’ai pas droit à l’erreur, et je ne dois pas non plus lui communiquer ma peur. Ici, la technique est essentielle. J’ai fait l’Ecole du cirque, dix ans de judo, et je m’entraîne jusqu’à l’épuisement. »