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Tour de risque

Par Paola Genone | L'EXPRESS | CIRQUE | 12 août 2008

Equilibristes, voltigeurs, acrobates... Le grand frisson est de retour au cirque. Cette année, à Nexon, on tremble.


Ces dix dernières années, le « nouveau cirque » avait banni la mise en spectacle du péril et de la prouesse au profit d’une approche plus intellectuelle : mises en scène sophistiquées, nouvelles technologies, costumes peu conventionnels... Aujourd’hui, plusieurs compagnies reviennent aux sources, en redonnant aux numéros de trompe-la-mort leurs lettres de noblesse. Des spectacles de la nouvelle édition du festival La Route du cirque, de Nexon, mettent en avant des trapézistes, des voltigeurs et des funambules multipliant des performances folles et intrépides. Exemples.

Parfums d’Est


« Le public pense qu’actuellement les artistes ne risquent plus leur vie. C’est faux ! raconte Fanny Molliens, metteur en scène de Parfums d’Est. Le cirque reste très dangereux. Il s’y produit régulièrement des accidents. Le moindre saut périlleux demande une maîtrise inimaginable. » A la lisière du langage théâtral et de l’exploit acrobatique, cette création raconte la vie quotidienne d’une tribu de 14 acteurs-saltimbanques, leur désir de se dépasser, de braver le danger, mais aussi leurs peurs et la discipline draconienne à laquelle ils se soumettent.

Une fériste danse ainsi à 2 mètres du sol, puis se lance dans l’air en faisant un tour sur elle-même et retombe debout sur le fil. « Elle exécutera cette figure pour la première fois sur scène à Nexon, poursuit Fanny Molliens. Elle y travaille depuis dix ans : six heures d’entraînement quotidien, musculation, exercices d’équilibre, danse... » Tout au long du spectacle, un personnage lourdaud et maladroit, sorte de clown fellinien, enchaîne des numéros qui évoquent la dureté du milieu. En équilibre instable sur une pyramide de 100 verres de cristal, il donne au public l’illusion de frôler la chute à chaque instant.

Appris par corps


« Au cirque, une blessure entraîne des complications, voire la fin d’une carrière, raconte Alexandre Fray, acrobate et auteur d’Appris par corps. Mais on apprend à travailler même avec une entorse. » Dans sa création, Alexandre Fray, porteur, fait face à Frédéric Arsenault, voltigeur. Un duo de virtuoses. Lors du « saut du plongeon », Alexandre lance son partenaire à 8 mètres de hauteur. Celui-ci, retombant tête en bas, doit se réceptionner, bras tendus, sur les épaules du porteur. « Sa vie est entre mes mains, reprend Fray. Je n’ai pas droit à l’erreur, et je ne dois pas non plus lui communiquer ma peur. Ici, la technique est essentielle. J’ai fait l’Ecole du cirque, dix ans de judo, et je m’entraîne jusqu’à l’épuisement. »

Au fil des années, il a compris que le corps possède sa propre intelligence, qu’il trouve des solutions instantanées quand l’intellect est saisi de doutes. D’où le titre du spectacle, Appris par corps, une citation du sociologue Pierre Bourdieu. Pour renforcer leur relation quasi gémellaire, fondée sur la confiance et l’abandon, Alexandre et Frédéric travaillent à l’aveugle, les yeux bandés. Sur scène, leurs mains s’entrelacent, leurs corps s’agrippent et forment des figures à la beauté sculpturale.

La Route du cirque, à Nexon (Haute-Vienne). Du 15 au 23 août. En partenariat avec L’Express.

Le site officiel du festival La Route du cirque


Extraits vidéo d’Appris par corps, par la compagnie Un loup pour l’homme :

 




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