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Violons et violoncelles

Par Xavier Rey | QOBUZ | LES BRÈVES | 27 mars 2008

Un Vivaldi très plaisant, des pages à découvrir, et quelques récitals.


La prestation d’Elizabeth Wallfisch, violoniste invitée, et des solistes du Tafel Baroque Orchestra (dir. Jeanne Lamon) est emprunte d’un tel naturel, d’une telle spontanéité que l’on a l’impression de connaître par cœur ces huit Concertos pour violon extraits de L’Estro Armonico op. 3 de Vivaldi. Ajoutons que tous les artistes mettent un point d’honneur à conférer à ces œuvres de très chatoyants coloris. Un très intéressant et amusant DVD, joint au coffret, présente « Le Printemps » et « L’Automne » des Quatre Saisons, joués tour à tour, par des musiciens inuits, chinois et indiens (Deutsche Harmonia Mundi 8697190442, 2007, 63’ + DVD 54’, note 9).

Après Locatelli, Antonio Lolli (1725-1802) fut le plus brillant des virtuoses italiens du violon. Ensuite vint Paganini. Comme ceux de son successeur, ses neuf Concertos pour violon montrent un certain goût (mais pas toujours un goût certain) pour l’emphase et le spectaculaire. Pour trouver un attrait à ce genre de musique, il faut un interprète possédant une technique sans faille et énormément de panache. Hélas, ces ingrédients font défaut à Luca Fanfoni – dirigeant de l’archet le Reale Concert – et l’ennui arrive très vite. Dommage, car il s’agit du premier enregistrement mondial de ces œuvres (Dynamic 3 CD CDS 527/1-3, 2006, 2 h 56’, note 5).

Surtout connu pour son immortelle berceuse de Jocelyn, Benjamin Godard (1849-1895) fut un violoniste émérite, élève d’Henri Vieuxtemps. On lui doit deux Concertos pour violon , qui ne possèdent ni l’originalité, ni le brio de ceux de son maître. Bien défendue par une très brillante Chloë Hanslip et un Orchestre Philharmonique d’État de Slovaquie bien dirigé par un attentif Kirk Trevor, cette musique devient agréable à écouter, d’autant plus qu’elle est facile à retenir. Une curiosité à découvrir (Naxos 8.570554, 2007, 76’, note 7).

Jenö Hubay (1858-1937) fut l’un des plus brillants élèves d’Henri Vieuxtemps. Son œuvre – aujourd’hui presque totalement tombée dans l’oubli – comprend quatre concertos, quatre symphonies, six opéras et une multitude de pièces de genre. Depuis quelques années le duo Ferenc Szecsodi (violon) et Istvan Kassai (piano) a entrepris de graver l’intégrale de la musique pour violon et piano de Hubay. Certains ouvrages ne manquent pas de saveur, particulièrement les Scènes de la csarda, mais il faudrait dans leur interprétation plus de brio et une articulation plus claire pour vraiment soulever quelque intérêt. Chez Hyperion, Hagai Shaham et Arnon Erez étaient presque parvenus à la perfection dans ce genre de musique (Hungaroton HCD 32452, 2006, 70’, note 5).

William Bolcom (né en 1938) a subi en tant que compositeur plusieurs influences, entre autres celles de John Verrall à Seattle, de Darius Millaud à Oackland et des grands maîtres de la musique sérielle. Sa rencontre avec Gregor Piatigorsky l’amène à s’intéresser au violoncelle, instrument pour lequel il compose une grand Capriccio , une Sonate et une Suite pour violoncelle seul , dans la forme – sinon le style – de celles de Bach. Interprétées avec beaucoup d’assurance et de conviction par Norman Fischer (violoncelle) et Jeanne Kierman (piano) ces œuvres peuvent séduire les discophiles amateurs de curiosités. À remarquer une pièce très originale dans sa formation et dans son traitement des thèmes, Dark Music, pour violoncelle et timbales (Naxos 8.559348, 2006, 67’, note 7).

Aaron Rosand est considéré, à juste titre, comme le dernier des grands archets qui enchantèrent les salles de spectacle du siècle dernier. Ses trois Sonates pour violon et piano de Brahms ne peuvent faire de l’ombre à celles de Josef Suk, d’Henryk Szeryng ou d’Itzhak Perlman, étant donné la pâleur du pianiste Hugh Sung, pur et simple accompagnateur. Par contre, ses vingt et une Danses hongroises , dans la transcription pour violon et piano réalisée par Joachim, sont de parfaits modèles du genre, le clavier n’ayant ici qu’un rôle secondaire. Au total, deux CD de très beau violon (Musical Concept 2 CD MC 121, 1991-93, 2 h 07’, note 6).

Ivan Zenaty s’était déjà fait remarquer par une très belle intégrale des Sonates pour violon et piano de Grieg (Dorian). Il revient avec un récital très bien composé d’œuvres originales pour violon et piano de Dvorák. Intonation parfaite, archet conquérant, sonorité plus pure qu’éclatante, Ivan Zenaty, fort bien soutenu par son compère Igor Ardasev, nous fait presque redécouvrir les Quatre pièces romantiques , la Sonate en fa et la Sonatine en sol et deux pièces plus brillantes : Ballade op. 15 n° 1 et Mazurek op. 49 . Mention spéciale pour la qualité de l’enregistrement (SACD Audite 92.566, 2006, 77’, note 8).

Le violoniste Sergey Khachatryan fut un très brillant premier prix du Concours Reine Elizabeth en 2005 à Bruxelles. Brillant est également le qualificatif qu’on peut lui appliquer lorsqu’on l’entend jouer les Sonates pour violon et piano de Chostakovitch et Franck  : elles pourraient être abordées avec plus de réflexion et de profondeur. L’entente avec sa sœur Lusine est parfaite, la sonorité des deux instruments est somptueuse, le savoir-faire des deux solistes exemplaire, mais on aurait souhaité un peu moins de brio et un peu plus d’intériorité dans l’abord des ces œuvres, deux sommets de la musique de chambre pour violon et piano (Naïve V 5122, 2007, 60’, note 7).

Il est difficile pour un violoniste de se montrer novateur, lorsqu’il aborde trois œuvres aussi rebattues. Pourtant, Vadim Gluzman relève le défi et parvient à convaincre qu’il a quelque chose d’intéressant à nous dire, tout au moins dans le Concerto pour violon de Glazounow et dans le Souvenir d’un lieu cher de Tchaïkovsky , deux partitions auxquelles il confère une simplicité peu habituelle. Son interprétation du Concerto op. 35 de Tchaïkovsky est plus prosaïque et donc moins intéressante. L’Orchestre philharmonique de Bergen, dirigé par Andrew Litton, apporte au soliste un soutien efficace, attentif et superbement coloré (Bis 1432, 2007, 71’, note 7).

Défendre les compositeurs polonais est une excellente initiative, mais il est difficile de faire cohabiter Wieniawski (Concerto n° 2), Szymanowski (Concerto n° 2) et Lutoslawski (Chain 2). Benjamin Schmid est certes un excellent violoniste, mais il ne montre ici ni la fulgurante virtuosité d’un Heifetz dans Wieniawski, ni la robustesse rythmique d’une Wilkomirska ou d’un Zehetmair dans Szymanowski, ni le style improvisateur d’un Bakovski dans Lutoslawski. L’Orchestre philharmonique de Wroclaw dirigé par Daniel Raiskin sait ce qu’il a à faire et le fait bien, sans plus. En résumé, un CD qui n’apporte rien à la discographie des trois compositeurs (Oehms OC 597, 2006, 60’, note 5).

Le répertoire pour violon-violoncelle comprend quelques chefs-d’œuvre et c’est pourquoi on assiste depuis quelques années à l’éclosion de ce type de duo. Solidement armés techniquement, possédant une grande sensibilité musicale, Ana-Maria Bell-Deveselu (violon) et Dorel Fodoreanu (violoncelle) nous entraînent sans effort dans les méandres des mélodies d’Europe centrale avec de fort belles interprétations du Duo op. 7 de Kodály, des Mélodies populaires hongroises de Bartók et du Duo de Schulhoff. Esquisse d’Ana-Maria Bell-Deveselu puise au cœur même de la musique transylvanienne avec beaucoup de bonheur (Arthemus AR 101-HORT533, 2006, 54’, note 8).

Dans un récital Grieg comportant dix pièces pour violoncelle et piano, trois œuvres seulement sont des pages directement écrites pour violoncelle et piano : la Sonate op. 36, l’Intermezzo en la mineur (seul et unique mouvement d’un projet de sonate pour violoncelle et piano qui ne vit jamais le jour) et l’ Allegretto op. 45. Les sept autres œuvres présentées sont des transcriptions dues aux deux interprètes, Ramon Jaffé (violoncelle) et Andreas Frölich (piano). Qu’importe que nous trouvions ici une forte proportion d’arrangements, puisque toutes les œuvres sont défendues avec énormément de conviction et de musicalité par les deux interprètes (CPO 777 284-2, 2006, 62’, note 8).

 


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