Pour le piano
Raretés, premières mondiales, arrangements et autres curiosités…
24 juin 2008
Par Stéphane Friédérich / Classica
Karel Kosarek interprète une série de pièces de Bohuslav Martinu dont quelques-unes sont des premières mondiales notamment dans leur version pour clavier seul : Jeux I et II, Printemps, La Revue de cuisine. Ces pièces composées à partir de 1931, durant l’exil parisien du musicien tchèque, sont révélatrices des influences de Roussel sur le plan rythmique, mais aussi du Groupe des Six, de Stravinsky, voire de Ravel. Kosarek en montre la brillance, l’ironie souvent, le côté « jazzé ». Les dissonances sont furieusement agressives, mais le charme de Film en miniature ou bien de La Revue de cuisine est intact. Il y a ici bien des bis dans lesquels pourraient puiser avantageusement les pianistes (Supraphon SU 3937-2, 2006, 67’, note 8).
Le 10e volume de l’œuvre pour piano de Enrique Granados réunit une douzaine d’opus dont la moitié pour piano à quatre mains. On notera quelques premières mondiales, notamment des mélodies, mazurkas, des marches militaires, le Chant du pêcheur… Douglas Riva et Jordi Masó jouent avec clarté et aussi un peu fraîchement. Dommage, car la prise de son est excellente. Bien des pièces sont anecdotiques et l’on ne trouvera pas de chefs-d’œuvre. Nous sommes dans l’esprit des Danses espagnoles. Une seule exception toutefois : la transcription de Triana d’Iberia d’Albeniz pour deux pianos par Granados. Une belle partition qui devrait fortement intéresser les interprètes. Un disque pour stakhanovistes du piano espagnol (Naxos 8.570325, 2006, 69’, note 7).
Melodiya présente les pianistes Nikolai Petrov et Alexander Ghindin dans quatre œuvres pour deux pianos : Le Concerto BWV 1061 de Bach, l’Adagio et fugue et la Fantaisie pour orgue mécanique de Mozart arrangés par Busoni ainsi que le Sacre du printemps de Stravinsky.
Enregistrées en public, les pièces de Bach et de Mozart sont d’un style bien convenu et un peu lourd. Quant au Sacre du printemps, il est beaucoup trop sage et sans inspiration face à une discographie de haut vol (MEL CD 10 01261, 2003, 2006, 67’, note 5).
Dans le prolongement des volumes que EMI Classics consacre chaque année aux prestations des « Martha Argerich and Friends » du festival de Lugano, le label a réuni plusieurs enregistrements à deux pianos de l’artiste argentine accompagnée par divers solistes. Elle a déjà gravé la plupart des partitions avec d’autres partenaires et l’on reconnaît avec Mirabela Dina (Suite de Casse-Noisette de Tchaïkovski dans la version d’Economou) la même énergie qu’elle mettait aux côtés de l’arrangeur ! La Suite n° 2 de Rachmaninov avec Gabriela Montero est moins lyrique qu’avec Nelson Freire ou Alexandre Rabinovitch. L’entente est plus chaleureuse avec Lylia Zilberstein dans les Six Morceaux op. 11 du même Rachmaninov et la rare Sonate op. 34b de Brahms. Les Variations sur un thème de Haydn ont toute l’ampleur symphonique souhaitée bien que l’accord ne soit pas toujours parfait entre Argerich et Polina Leschenko. Avec la même soliste, elle enregistra la Symphonie « Classique » de Prokofiev dans la version pour deux pianos de Rikuya Terashima. Ici, son partenaire est Yefim Bronfman, plus calculateur sur le plan rythmique. On gagne en sûreté ce que l’on perd en fantaisie. Enfin, les Variations sur un thème de Paganini de Lutoslawski jouées avec Giorgia Tomassi ont un abattage réjouissant. C’est percussif et acéré à souhait (EMI Classics 207623 2, 2 CD, 2002 à 2005, 2h17’, note 7).
La pianiste hongroise Emese Virag propose un récital original regroupant des premières mondiales : des paraphrases sur des opéras de Wagner et diverses pièces pour piano d’Hugo Wolf. Les paraphrases sur les Maîtres chanteurs, La Walkyrie sont, contrairement à l’écriture lisztienne de la même époque, tournées vers le lied. L’écriture est assez épurée, plus soucieuse de la ligne mélodique que d’une recherche harmonique. Tout comme dans les pièces originales de Wolf (Aus der Kinderzeit, Humoresque, Variation op. 2), les titres en disent assez sur l’influence de Schumann. Wolf n’avait toutefois pas un génie comparable et son inspiration est souvent bien académique. Emese Virag défend avec une belle technique et un sens aigu des contrastes et des couleurs ces pages anecdotiques, mais qui raviront les amoureux du piano romantique (Hungaroton HCD 35466, 2007, 68’, note 7).
Après la redécouverte de l’œuvre symphonique du compositeur turc Ahmet Adnan Saygun (1907-1991), sa musique pour piano nous est proposée par Zeynep Üçbasaran. Les motifs sur des chants et danses d’Anatolie, 12 Préludes, puis 10 Esquisses sur des rythmes Aksacs, la Sonatine… revêtent à la fois une recherche ethnomusicologique (l’influence de Bartók est perceptible), mais aussi le souci d’un langage contemporain. Modales, atonales, tonales, les pièces ont un charme indéniable parce qu’elles transmettent une énergie vitale. Ce sont des suites de motifs rythmiques sur lesquels Saygun a brodé des variations bien faites. Zeynep Üçbasaran joue avec simplicité et nuances ces sortes de Mikrokosmos turcs souvent virtuoses et plaisants à entendre (Naxos 8.570746, 2007, 71’, note 7).
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