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Rééditions, raretés du répertoire et publications diverses pour fans de fastes symphoniques.

Par Stéphane Friédérich


Les rééditions que Melodiya et Warner Classics consacrent au chef russe Evgueni Svetlanov se poursuivent mais toujours dans la plus grande pagaille. Chez Melodiya, on saluera la réédition de trois références consacrées à Glazounov : La Forêt, La Mer et la Rhapsodie orientale, l’un des derniers disques du label de l’ère soviétique. Ces trois poèmes symphoniques ont un tonus exceptionnel qui supplantent les lectures plus convenues d’Anissimov et Dudarova (La Forêt), de Golovchine, Järvi, Lan Shui et Svetlanov lui-même en 1993 chez Great Hall (La Mer). Seul reproche, une réverbération inutilement accentuée. Svetlanov réussit à nous intéresser de bout en bout, nous faisant oublier tout l’académisme postromantique de l’écriture de Glazounov (Melodiya MELCD1000156, 1990, 74’, note 8).

Une grande partie de l’intégrale officielle des Symphonies de Tchaïkovski captées à la fin des années 1960 est également disponible : Symphonies Nos 2, 4, 5 et 6, Fatum, La Tempête, Capriccio italien, Sérénade pour cordes, Voyevoda, Andante cantabile. Les couplages sont la plupart du temps identiques à ceux des éditions antérieures. D’excellentes versions de base, bien enregistrées, présentées à de nombreuses reprises dans ces colonnes. Elles témoignent d’une sonorité d’orchestre aujourd’hui disparue (Melodiya 4 CD séparés MELCD 1000194/6/7/8, 1967-1989, 75’, 70’, 70’, 77’, note 8).

Ajoutons à ces volumes, des extraits des ballets Le Lac des Cygnes et Casse-noisette de Tchaïkovski parus chez Warner. Ces bandes originellement Melodiya ne sont même pas composées à partir des suites, mais juxtaposent des épisodes caractéristiques. Quel en est l’intérêt ? Est-ce suffisant pour supplanter des extraits comparables sous les baguettes de Karajan, Reiner, Ormandy, Rojdestvenski ? (Warner 69813-5, 1983, 76’, note 5).

Partitions à découvrir


Thomas Sanderling a enregistré pour Naxos les Symphonies Nos 1 et 3 de Taneyev. L’Orchestre symphonique académique de Novossibirsk est médiocre, passable sur le plan technique malgré des tempos bien lents. Cela devient du mauvais Tchaïkovski. Ce déchiffrage aussi lourd qu’ennuyeux nous fait regretter le témoignage pourtant lui-même moyen de Polyanski chez Chandos (Naxos 8570336, 2006, 75’, note 3. Téléchargez l’album).

Adam Fischer avait gravé dans les années 1990 et avec l’Orchestre d’État hongrois (Nimbus) quelques pages symphonique de Kodály. Il récidive pour le label BMC avec l’Orchestre symphonique de la Radio de Hongrie. Dans Soir d’été, Háry János et Le Paon, le résultat est plus honorable à la fois parce que la sonorité est personnalisée, ce qui n’est pas rien dans des pages aussi colorées et démonstratives. Toutefois, la direction demeure pesante, peu inventive. Bien des accents humoristiques sont ainsi gommés, des idées inexploitées (« La Bataille » dans Háry János). La spontanéité, la démesure, le mordant, mais aussi le lyrisme dans Soir d’été sont édulcorés au profit d’une lecture bien sage (BMC CD141, 2007, 78’, note 6).

CPO et BIS distribuent deux nouveaux volumes consacrés à des œuvres symphoniques de Villa-Lobos. John Neschling dirige l’Orchestre symphonique de São Paulo et la pianiste Cristina Ortiz dans les Choros Nos 5, 7 et 11. Ces pièces qui ne sont pas les plus inspirées du compositeur sont interprétées de manière assez lisse. L’orchestre est nonchalant et Neschling tire les Choros Nos 7 et 11 vers Rachmaninov. On apprécie l’expressivité sensuelle des vents (Choros n°7) sans être convaincu par l’ensemble (Bis CD1440, 2004, 2006, 78’, note 6).

De son côté, Carl St. Clair poursuit l’intégrale des symphonies avec l’immense Symphonie n° 10 « Amérindienne ». Le manque d’aération, la raideur des attaques, la lourdeur de l’ensemble ne traduisent pas la fantaisie et la souplesse de cet hymne de joie. On ne retrouve pas la passion qui animait Gisèle Ben-Dor (Koch) et Victor Pablo Pérez (HM). Les solistes, le valeureux ténor Lothar Odinius, le baryton Henryk Böhm et le baryton-basse Jürgen Linn ne déméritent pas (CPO 9997862, 1999, 73’, note 5).

Naxos présente la musique pour cordes du compositeur lituanien Feliksas Bajoras (né en 1934). Comme la plupart des musiciens baltes du XXe siècle, celui-ci colore son langage contemporain de multiples allusions aux folklores nationaux. La Symphonie n° 2 « Stalactites » évoque l’occupation de Prague en 1968 par les troupes soviétiques. Le fourmillement sonore transcrit les émotions avec virtuosité et souplesse grâce aux timbres charnus de l’Orchestre de chambre de Saint-Christophe. Rien de révolutionnaire, mais une belle expressivité restituée par une prise de son très présente. Suite de Verbes est une œuvre sérielle efficace, moins spectaculaire toutefois que Prélude et Toccata aux réminiscences de Chostakovitch et Zenklas dont l’écriture lyrique fait intervenir la voix (Nora Petrocenko, soprano) dans le finale (Naxos 8570408, 2004, 2005, 55’, note 6).

Toujours dans le domaine des raretés, Naxos poursuit son exploration du répertoire japonais avec le Concerto pour piano n° 2 et la Symphonie n° 2 d’Hisato Ohzawa (1907-1953). Formé à la fois par des musiciens russes, mais aussi aux États-Unis auprès de Schoenberg et Session, puis à Londres avec Bliss et Boult et enfin en France avec Dukas, Ohzawa rencontra toutes les personnalités importantes de son époque. Il fut également le premier chef d’orchestre japonais à diriger une formation parisienne en 1935. Son Concerto pour piano possède des affinités avec Bartók, mais aussi Poulenc et Roussel ! Difficile de canaliser cette écriture à la fois pointilliste et conçue comme un collage. On ne retrouve pas les relents jazzés du Concerto dans la Symphonie, qui est en réalité un concerto pour orchestre annonçant déjà en 1934 celui de Bartók. Yablonsky à la tête de l’Orchestre philharmonique de Russie et Ekaterina Saranceva dans le Concerto traduisent ce lyrisme qui accomplit le grand écart entre Orient et Occident. On ne s’ennuie pas à l’écoute d’un programme aussi original (Naxos 8570177, 2006, 72’, note 7. Téléchargez l’album).

Hermann Bäumer dirige l’Orchestre symphonique d’Osnabrück dans les deux premières symphonies de Josef Bohuslav Foerster (1859-1951). Ces œuvres du musicien pragois révèlent une écriture solide dans le style du romantisme tardif. On entendra ici beaucoup de Dvorák, de Suk, mais aussi du Smetana et du Brahms, pour tout dire des matériaux composites qui témoignent d’une écriture à la limite du maniérisme et de la citation. Cela étant, c’est suffisamment efficace pour être théâtral. Dans ce bain sonore joué sans grande inventivité et de manière trop sage, les idées et les thèmes s’empilent sans véritable nécessité artistique. Deux raretés qui préludent à la suite de l’édition Foerster (MDG 63214912, 2007, 74’, note 6).

L’œuvre du compositeur néerlandais Henk Badings (1907-1987) est plus marquante. Il est l’auteur de quatorze symphonies dont trois (Nos 2, 7 et 12) sont ici enregistrées par David Porcelijn à la tête de l’Orchestre philharmonique Janácek. L’écriture est plus française que germanique, rappelant parfois d’Indy, mais aussi Roussel (Symphonie n° 2 de 1932) bien que Badings ait été influencé, nous dit-on, par Hindemith, Honegger, Milhaud et Bartók. La Symphonie n° 7 (1954) dédiée à l’Orchestre symphonique de Louisville est d’une verve plus américaine. On songe ici à Piston et Copland. La Symphonie n° 12 (1964) a recours à l’aléatoire et à différents procédés d’écriture contemporains. L’œuvre est étrange et belle, d’un lyrisme mêlé d’impressionnisme. Porcelijn met en valeur le caractère dynamique, poétique et puissamment charpenté de cette musique tout en laissant une grande liberté à ses solistes. Un disque bien réalisé et intéressant (CPO 7772722, 2006, 56’, note 7).

Grand répertoire


On ne peut parler d’enregistrements historiques en ce qui concerne un coffret de « matinées-Mozart » du festival de Salzbourg. En effet, ces excellentes gravures live datent des années 1988-1993 et témoignent de la tonicité de la Camerata Academica dirigée par Sándor Végh. Les Concertos pour piano K. 63, K. 413, K. 246, et K. 415 avec András Schiff en soliste alternent avec les Divertimentos et Cassations ainsi que la Petite Musique de nuit. L’esprit est celui de la musique de chambre. L’orchestre n’est pas toujours parfait en concert : la qualité des attaques et la justesse varient… d’une matinée à l’autre ! Mais, il y a une saveur toute particulière dans ces sonorités chaleureuses et une direction qui s’efforce de porter ces œuvres vers le premier Schubert. Schiff joue parfaitement le côté encore italianisant des premiers concertos, plus soucieux d’élégance que de précision. A noter deux honorables airs de concert avec la soprano Daphné Evangelatos (Orfeo 3 CD C741073D, 1988 à 1993, 3 h 47’, note 7).

Gustav Kuhn et l’Orchestre Haydn de Bolzano et Trente poursuivent leur intégrale Beethoven avec la Neuvième Symphonie. Après l’intérêt ressenti pour quelques volumes précédents (les Symphonies Nos 2 et 7, notamment), nous constatons une sérieuse baisse de qualité. Pas de profondeur ni de mystère dans les premières mesures, aucune projection du son dans les mouvements suivants. C’est joué de manière mécanique avec des tensions affadies dans les deuxième et troisième mouvements. Brouillon et sans caractère dans le Presto, l’orchestre est également pataud dans le Finale. La soprano Susanne Haselböck s’égosille alors que le ténor Richard Decker tente de dominer un vibrato envahissant (Col Legno 60005, 2006, 72’, note 4).

Les mêmes interprètes accompagnent la pianiste Jasmina Stancul dans les Concertos pour piano Nos 1 et 5 de Beethoven. C’est à la fois maniéré et mal défini dans les forte. Pas de tension intérieure, mais une recherche de l’effet avec de curieux rallentandos, des attaques abruptes. Le piano est assez froid et distant et minaude dans les mouvements lents. Quelle est l’utilité de publier un tel disque ? (Col Legno 60010, 2007, 77’, note 4).

Le premier jalon de l’intégrale des Symphonies de Schumann par Lawrence Foster à la tête de l’Orchestre philharmonique tchèque ne tient pas ses promesses. Les deux premières symphonies sont dirigées de manière très anecdotique. Pas d’idée dominante, mais souvent des successions de phrases sans vision claire du mouvement. La coloration des bois est délicieuse, privilégiée par l’acoustique naturellement réverbérée du Rudolfinum de Prague. De problèmes de justesse dans les cors, des premiers violons un peu durs n’arrangent pas une conception fondée davantage sur l’esprit de la danse que de la fantaisie et de la passion (PentaTone 5186326, 2007, 71’, note 5).

Il manque peu de choses pour que l’intégrale des Symphonies de Mendelssohn par la Deutsche Radio Philharmonie dirigée par Christoph Poppen soit une belle réussite. Il y a beaucoup de tonus, d’esprit, de caractérisation dans les Symphonies Nos 3, 4 et 5. La Symphonie n° 2 « Lobgesang » est plus terne, malgré une excellente distribution vocale (Sybilla Rubens, et Claudia Mahnke, sopranos, Christoph Prégardien, le Chœur de la Radio de Bavière). Cela étant, Christoph Poppen a su traduire ce que Mendelssohn doit à Haydn en termes de fraîcheur et de construction musicale. On regrette simplement que les pupitres ne soient pas à la hauteur de la concurrence : cordes un peu sèches, dures dans les premiers violons, bois manquant de souffle et de tempérament. Une intégrale de bonne facture et un second choix après les références Sawallisch, Bernstein… (Oehms 3 CD OC709, 2006, 2007, 2 h 03’, note 7).

Kuchar et la Philharmonie Janácek de Brno présentent en un coffret de 3 CD l’intégrale de l’œuvre symphonique de Smetana. On ne trouvera pas d’interprétations de référence, mais des lectures qui ont le mérite de faire entendre des pièces rares comme Nasim Devam, Docteur Faust, les Ouvertures festives, la Symphonie Festiva, la Marche de la Garde nationale… La prise de son assez épaisse accentue le peu de subtilité des vents et le sentiment que la direction manque, elle aussi, de finesse. Une anthologie instructive, sans plus (Brilliant 3 CD 93634, 2007, 3 h 46’, note 6).

En concert, on attendait beaucoup de la Symphonie en ré mineur de Franck et des Pins de Rome de Respighi sous la baguette parfois si inspirée de Youri Aronowitz. L’Orchestre symphonique de Vienne tire la Symphonie de Franck vers Brahms et ne tient pas ses tempos, parfois jusqu’à l’absurde. La prise de son réverbérée et mal équilibrée noie les pupitres au centre de l’orchestre. Les Pins de Rome sont plus inventifs, mais plus débraillés. Des concerts qui ne méritaient probablement pas d’être gravé (Profil PH07011, 1985, 2007, 61’, note 5).

Deux enregistrements de Sylvain Cambreling à la tête de l’Orchestre symphonique de la SWR de Baden-Baden et Fribourg paraissent chez Hänssler. Le premier est consacré à des ouvertures de Berlioz (Waverley, Les Francs-Juges, Le Roi Lear, Rob Roy, Carnaval romain, Le Corsaire) (Hänssler CD93201, 2003, 2007, 71’, note 5).

Le second disque présente le Sacre du printemps de Stravinsky couplé avec Jeux de Debussy ainsi que la Fanfare et La Péri de Dukas. Constatations identiques pour les deux enregistrements : lectures soignées, mais impersonnelles et sans véritable émotion dans Berlioz, ennuyeuse et inutilement maniérée dans Stravinsky. Que recherche le chef avec une direction aussi amorphe, qui se contente d’effets de timbres (Debussy) et oublie toute carrure rythmique (Dukas) ? (Hänssler CD93196, 2004, 2006, 77’, note 5).

Zdenek Mácal dirige le Philharmonique tchèque dans la Symphonie n° 5 de Mahler. Malgré une belle prise de son (multicanal), l’auditeur est perplexe devant ce concert qui montre de telles baisses de tensions. Les ruptures de climats sont parfois maladroites notamment dans le premier mouvement. Les vents, au demeurant excellents, ne savent pas toujours doser leur dynamique en raison d’un manque de directives. Cette lecture qui possède de belles réussites comme un deuxième mouvement acéré et un début de Finale d’une folle virtuosité ne s’impose pas. Elle est toutefois préférable à la version que le chef grava en 2001 avec le Symphonique de Prague (Vasks). Avec le Philharmonique tchèque, on se tournera plus volontiers vers les deux lectures plus stylisées de Neumann, respectivement de 1977 chez Supraphon. Téléchargez l’album) et 1993 chez Canyon (Exton OVCL00154, 2003, 70’, note 6).

Peu convaincante est la prestation de Jaap van Zweden avec l’Orchestre philharmonique de la Radio des Pays-Bas dans la Neuvième Symphonie de Bruckner. Ce super-soliste du Concertgebouw d’Amsterdam poursuit une carrière de chef d’orchestre et, pour un label japonais, il semble débuter une nouvelle intégrale des symphonies. Il restitue avec limpidité les plans sonores et l’architecture générale. Malheureusement, l’allongement des tempos ne suffit pas pour habiter les trois mouvements de la partition. Il manque encore l’intériorité, le sens du message pour que l’on y croie (Exton OVCL00276, 2006, 72’, note 5).

Après les Symphonies Nos 4, 5, 7, 8 et 9, Günther Herbig propose un nouveau jalon de son intégrale Chostakovitch. La Dixième Symphonie, toujours gravée en public, est de meilleure facture que les précédentes. Faisant reposer toute la dynamique sur les premiers violons, le chef allemand insuffle une belle vigueur à son orchestre qui manque de personnalité dans les vents (les cuivres ne sont pas toujours très justes). Les musiciens habitent les climats. On pardonne des baisses de tension (milieu du premier mouvement) car Herbig préfère assurer la mise en place (Allegro) plutôt que d’affirmer les tensions internes. Un beau concert, mais hélas bien en-deça des références habituelles (Berlin Classics 0016152BC, 2005, 55’, note 6).

 


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