La famille Bach
Si Johann Sebastian tient toujours sa place dans les bacs des disquaires, les musiciens explorent désormais l’œuvre de ses fils et parents.
Paul O’Dette quitte la Renaissance pour le baroque avec un disque consacré au répertoire pour luth de Bach. Pièces pour luth ou partita inspirée par celui-ci, qu’O’Dette transcrit en retour : l’interprète propose un parcours austère mais passionnant à travers cette facette moins connue du maître d’Eisenach… qui admirait tant le luth qu’il imagina, pour l’égaler, un clavecin « luthé » ! (Harmonia Mundi HMU907438, 2007, 67’, note 7).
Nouvel enregistrement, fondé sur un soigneux travail critique, de L’Art de la fugue par le claveciniste néerlandais Pieter Dirksen. L’instrument, réplique d’un Ruckers, particulièrement mis en valeur par une prise de son très équilibrée sert au plus juste le jeu sobre et lisible de l’interprète. Le propos, d’une grande clarté, permet une approche très ciselée et pédagogique de ces pièces (Etcetera KTC1348, 2007, 75’, note 7).
C’est avec le même bonheur que Bruno Procopio continue ses enregistrements Bach sur son propre label. Voici la deuxième série des Partitas, avec une Cinquième vivante et colorée dont le Prélude annonce l’aspect décidé de l’interprète, une deuxième rythmée et jubilatoire avec un Capriccio dansant et une Sixième Partita réfléchie et bien construite avec une Toccata magistralement charpentée. L’articulation du claveciniste est variée, incisive et cohérente, les tempos sont énergiques, l’instrument est chaleureux et la prise de son est belle. Maîtrisé, précis, sans état d’âme, le jeu de Bruno Procopio va à l’essentiel (Paraty, INT 221.154, 2007, 71’, note 7).
Simone Dinnerstein est l’une des étoiles montantes du piano états-unien. Son premier disque pour Telarc reprent le programme de ses débuts acclamés à Carnegie Hall : les Variations Goldberg de Bach. La pianiste en propose une interprétation très intéressante, très libre et variée, qui, c’est tout dire, peut tout autant évoquer l’esprit de celles de Glenn Gould (Sony) que de Daniel Barenboim (Philips). Jouant toutes les reprises, la pianiste met en lumière les aspects contemplatifs de l’œuvre, ce qui ne l’empêche pas d’aborder quelques variations de manière avant tout rythmique. Les plans sonores pourraient parfois être plus distincts, mais son interprétation est plus que convaincante, et au final bien équilibrée, avec ses sonorités fondues. Convaincant et réussi, ce disque nous propose des Variations pleine de sensibilité, mettant l’accent sur les parties, éclairées en clair-obscur, plutôt que le tout. Attendons la suite (Telarc CD-80692, 2005, 78’, note 7).
Les Variations Goldberg transcrites à l’orgue ? C’est ce pari crédible – sérieusement justifié dans le livret – que relève l’organiste allemand Hansjörg Albrecht. Ce disque de bonne tenue, sans être essentiel, aura le grand mérite de renouveler notre approche des Goldberg en leur conférant par la registration des couleurs nouvelles… et une étonnante dimension contemplative (Oehms SACD OC 625, 2007, 80’, note 7).
Singulier triple coffret consacré à des œuvres pour orgue de Bach que propose Ton Koopman, sur des orgues de l’envergure de Weingarten ou Ottobeuren. Le jeu, globalement parcimonieux et hésitant, desservi par une prise de son mate, ne retrouve de caractère que ponctuellement (Dorienne de correcte tenue, belle Fantaisie BWV 572). Rien de bien nouveau cependant dans une discographie pléthorique. Le résultat, inégal, interrogera sur l’utilité de cette parution (Novalis 3 CD 150180-2, 2006, 3 h 15’, note 5).
Helga Schauerte poursuit par ce quatrième volume son intégrale de l’œuvre pour orgue de Bach. Après s’être distinguée par des partis pris aussi gênants que peu défendables, Schauerte revient ici à davantage de mesure et offre un récital plus équilibré, sur un somptueux Silbermann de 1735. Débarrassée d’une part de ses bizarreries, rythmiques ou de phrasé notamment, la personnalité de Schauerte trouve enfin à nous convaincre. Le résultat, acceptable, n’est toutefois pas central dans une discographie déjà riche (SyriusSYR 141413, 2007, 76’, note 6).
Peu enregistrés, les Motets de Bach font l’objet d’une parution par le jeune ensemble anglais Trinity Baroque, que dirige Julian Podger. Les timbres sont vifs, les chanteurs enthousiastes, le soin au texte incessant – voire surchargé d’intentions. Malheureusement, une prise de son trop réverbérée dessert ces qualités en noyant la clarté des voix. Signalons de belles interventions à l’orgue de Naumburg, dont Bach supervisa la reconstruction (RaumKlang RK 2601, 2007, 77’, note 7).
Composées entre 1760 et 1785, les cinq partitions de chambre de Johann Christoph Friedrich Bach (1732-1795) regroupées sur ce CD – Trio pour pianoforte, flûte traversière et violoncelle en ré majeur, Sonates pour violoncelle et BC en sol majeur et en la majeur, Trio en sol majeur pour pianoforte, violon et alto, Sonate en mi mineur pour flûte traversière, alto et BC – permettent d’apprécier l’évolution de son écriture, du baroque tardif au début de l’Empfindsamkeit. Les musiciens de la Camerata Köln font preuve de raffinement dans les dialogues et d’un brio contagieux qui renforcent le style primesautier des œuvres (CPO 777 087-2, 2004, 67’, note 7).
Miklos Spanyi poursuit inlassablement et avec une grande sûreté stylistique son intégrale des œuvres pour clavier de Carl Philipp Emanuel Bach (1714-1788). Ce volume n° 17 explore trois des six Sonates Württemberg, en l’occurrence les nos 4, 5 et 6. Riches en idées, ce sont des œuvres de vaste proportion techniquement exigeantes pour l’interprète qui, au-delà d’une irréprochable maîtrise technique, doit faire preuve d’un talent de conteur pour captiver l’auditeur. Des qualités dont dispose Miklos Spanyi, qui, fort judicieusement, choisit un clavicorde puissant et raffiné, instrument qui lui permet d’instiller des nuances dynamiques expressives (Bis CD1424, 2003, 67’, note 8).
Une anthologie de Sonates pour pianoforte de C. P. E. Bach composées entre 1762 et 1786 permet d’apprécier sa grande originalité créatrice tant ces œuvres sont singulièrement variées avec des harmonies et des modulations surprenantes parfaitement mises en lumière par le jeu nuancé de Jean Goverts qui utilise un pianoforte aux timbres variés (Divox « Antiqua » CDX 70303, 2004, 69’, note 7).
Florian Heyerick propose chez Carus des Motets de Johann Ludwig Bach (1677-1731), cousin de Jean-Sébastien, cantor thuringeois lui-même et pour finir, Kapellmeister à la cour de Meiningen. Ces pièces pour chœur sont interprétées avec une grande finesse par l’ensemble Ex Tempore de Gent. Clarté de la diction, raffinement des timbres, modération des cordes et ferveur du propos : un portrait touchant de ce Bach peu connu (Carus 83.187, 2007, 77’, note 7).
« The Bach Dynasty » : derrière ce titre, se cache un programme qui juxtapose des œuvres de Johann Sebastian Bach (Concerto pour clavecin BWV 1029) et de ses fils Carl Philipp Emanuel (Concerto pour violoncelle Wq 172 et Symphonie Wq 182/3) et Wilhelm Friedemann (Concerto pour flûte BR WFB C15). Un programme qui illustre la diversité stylistique des Bach, les fils ayant réussi à trouver leur propre langage. Christophe Rousset et ses Talens Lyriques s’amusent, les couleurs et les rythmes tourbillonnent avec allégresse et les solistes sont d’excellent niveau. Une réalisation de qualité (Ambroisie AM125, 2007, 61’, note 7).
Rodolphe Bruneau-Boulmier (Procopio, Dinnerstein), Jean-Noël Coucoureux (C. P. E., J. C. F. ) et Anne-Sophie Jacouty