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RICHARD WAGNER
Die Meistersinger von Nürnberg

Par Jémérie Rousseau | CLASSICA | LE RÉPERTOIRE DES CD DE A À Z | 28 août 2008

John Tomlinson (Sachs), Gösta Winbergh (Walther von Stolzing), Nancy Gustafson (Eva), Thomas Allen (Beckmesser), Herbert Lippert (David), Gwynne Howell (Pogner), Choeurs et Orchestre du Royal Opera House, Bernard Haitink

Royal Opera House « Heritage Series » 4 CD ROHS008 (Abeille). 1997. 4 h 23'

NOUVEAUTE     STEREO DDD

Prise de son un peu étouffée et lointaine

Notice (livret traduit en anglais)

La note de Classica :


Nouveau trésor tiré des archives de la BBC, ces Meistersinger, pris sur le vif le 12 juillet 1997, témoignent du long mandat à la tête du Royal Opera de Bernard Haitink, lequel, en dépit de ses affinités wagnériennes, n’avait jamais enregistré l’ouvrage. Nonobstant les aléas du live, comme ces décalages répétés avec le plateau et des mises en route parfois laborieuses (sans rien dire de la prise de son cotonneuse), on retrouve ici les qualités qui faisaient le prix de sa Tétralogie (EMI) : fluidité, sens de la narration, hauteur de vue. Haitink privilégie des tempos vifs, aériens, caractérisant chaque angle et couleur du texte : tendre et chaleureux avec Sachs et Eva, ample dans la grande réflexion, flamboyant à la kermesse du III ; en clair, la caresse du poète et la précision chevronnée de l’architecte. Cela dit, on ne demandera aux forces du Covent Garden ni la perfection ni la pénétration des orchestres de Berlin, Munich ou Bayreuth, cautions des versions reines (Stewart/Kubelik/Arts Archives, Fischer-Dieskau/Jochum/DG, Frantz/Kempe/EMI), à l’ombre desquelles la présente gravure se rangera discrètement.

En revanche, dans le contexte des années 1990, ces Meistersinger n’ont pas à rougir de leurs grandes qualités d’ensemble, Haitink en remontrant aisément au rutilant Solti II (Decca, 1995), au pompeux Barenboïm (Teldec, 1999) voire à Sawallisch (EMI, 1993). Inégal vocalement, le plateau réserve quelques pépites : d’abord le regretté Gösta Winbergh, grand heldentenor des années 1990, et dont c’est là, sauf erreur, la seule intégrale wagnérienne audio. Son Walther (déjà relayé par un DVD Arthaus) est plus éclatant et héroïque que de coutume, Winbergh livrant un chant juvénile, irrésistiblement solaire, avec cet aigu perçant qui semble jusqu’à la fin invincible. Un chevalier dans sa véritable acception, plus personnel et proche du personnage, à notre sens, qu’un Heppner (pour Solti II et Sawallisch) ou un Seiffert (chez Barenboïm). À ses côtés, le meilleur Beckmesser des temps modernes : Thomas Allen. Toutes les notes sont là, le chant est royal, et le portrait du bouffon complet, rendant évident le moindre sous entendu, sans une once de vulgarité. On sait de surcroît quel acteur magistral Allen est à la scène (voir les Meistersinger du Met en DVD chez DG) ! Lire entre les lignes, John Tomlinson sait le faire aussi, simplement, Sachs ne s’inscrit pas dans ses meilleures cordes. Cette voix énorme et grasseyante, qui possède l’énergie tellurique des dieux wagnériens, trouve ses limites dans la mise de l’humble Sachs, et malgré la pâte chaleureuse du médium et du grave, montre vite ses limites dans le haut médium et l’aigu : très en dessous de Van Dam (Solti II), mais supérieur à Holl (avec Barenboim). L’Américaine Nancy Gustafson reste le point faible de la distribution, souvent molle d’articulation et basse d’intonation, mais, surtout, d’une personnalité totalement neutre – à l’image d’ailleurs de toutes ses incarnations. Avec un David correct quoiqu’un peu court, (Lippert, déjà chez Solti II), des seconds rôles et des clefs de fa à l’honneur de la versatilité de l’école de chant britannique, on tiendra donc là, grâce à Haitink, Allen et Winbergh, d’honorables Meistersinger, dont nous retournerons avec plaisir suivre les joutes.

 


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