Dave Holland Sextet
Pass It On
Une fois encore Dave Holland réussit à enchanter, mêlant modernité et tradition, liberté et rigueur au sein d’une petite formation exemplaire.
Dave Holland (cb), Antonio Hart (as), Robin Eubanks (tb), Sasha Sipiagin (tb), Mulgrew Miller (p), Eric Harland (dms)
Dare2 Records 06007-5310667 9 (Universal). 2007. 72'
NOUVEAUTE STEREO DDD 
Excellent enregistrement du studio Avatar à New York.
Notice 

Voici donc le vingtième album de Dave Holland sous son nom. Depuis le légendaire Conference Of The Birds paru en 1972, qui nous aida à traverser l’époque, Dave Holland n’a cessé de musicalement surprendre. Du solo absolu interprété à la seule contrebasse au grand orchestre, il a sollicité toutes les tailles de formations, envisagé toutes les couleurs de rencontre, mis en mouvement tous les rythmes qui sont la vie même. Rarement un artiste aura évité avec autant de maîtrise et de talent la moindre vulgarité, la moindre approximation, le plus petit laisser-aller.
Ce nouvel album n’y déroge pas : compositions originales d’une fraîcheur et d’une variété familièrement neuves, extrême rigueur de la mise en place rythmique (mention particulière au batteur Eric Harland, sec et précis) où l’assise de la contrebasse n’est pas pour rien dans la mise en œuvre, interventions solistes de haute volée (voyez la liste du personnel...), enfin joie de jouer ensemble susceptible de faire dresser l’oreille au plus blasé des auditeurs. À ce point de vue on appréciera spécialement le morceau intitulé Processional, recueilli et lyrique. Mais aussi The Sum Of All Parts, dont l’exposé du thème surgit peu à peu des improvisations qui le précèdent. Le procédé n’est certes pas nouveau, un contrebassiste l’a fréquemment utilisé : Charlie Mingus. Une clé de l’univers de Dave Holland est ainsi découverte : il n’est pas rare que sa manière d’aborder le son de son groupe s’inspire de celle de l’animateur du Jazz Workshop. On pourrait dire que la musique de Dave Holland est souvent proche de celle de Mingus, extrême rigueur en supplément, donnant à entendre un Mingus qui se serait en quelque sorte converti au jansénisme. Car avec ce sextet, la liberté d’improviser, l’abandon provisoire de structures connotées, identifiables, est manifeste tant au sein des interventions solistes que lors des passages collectifs, mais s’y joue aussi une solidité des coutures, un maître plan, un refus de la licence, du désordre musical, qui fera sans aucun doute traverser le temps à sa musique.
Sans jamais ennuyer, sans redites mais sans amnésie, Dave Holland réussit une fois encore avec ce nouvel album la quadrature du cercle : faire chanter ensemble Dionysos et Apollon, la rigueur et la liberté. Ce prodige n’est accessible qu’aux grands, dont c’est justement souvent la marque.