À la Scala de Milan d’abord, où les syndicats sont sur le pied de guerre et menacent déjà d’une grève pour le fameux 7 décembre (l’inauguration de la saison avec un Don Carlo dirigé par Daniele Gatti) et en attendant boycottent en juillet dernier la reprise de La Bohème signée par Zeffirelli en 1963. Quand finalement l’orchestre se décide à jouer vers la mi-juillet, le public – faché de supporter encore une fois un chef peu expert du monde lyrique –, inonde le théâtre de tracts, réclamant à grands cris le retour dans la fosse de Muti, Abbado et autres dieux de l’opéra ! Comment leur donner tort en entendant le jeune et talentueux Gustavo Dudamel, si prometteur dans l’univers symphonique, si maladroit avec l’écriture de Puccini et surtout si éloigné des règles vocales. Il Teatro alla Scala est-il un atelier de recherche, un opéra-studio ou un lieu de références absolues ? À cet orage Stéphane Lissner a répondu par le silence, renvoyant la balle à madame Moratti, maire de la ville et par conséquent présidente de la Scala.
Au festival de Taormina, le
maestro Maazel, piqué par on ne sait quel moustique, remplit une page entière du Corriere della sera du 20 août pour dénoncer les horreurs de certaines mises en scène d’aujourd’hui, avec des propos presque insultants contre Peter Zadek, Robert Carsen, Bob Wilson et le festival de Salzbourg, lieu qu’il fuit !
Deux jours après, Franco Zeffirelli
exige à son tour une page pour féliciter Maazel et critiquer la plupart des spectacles en Italie, pays où, pourtant, la convention la plus plate règne dans presque tous les Opéras.
Le lendemain,
Graham Vick répond : “ l’Italie est un pays de vieux et toute la politique culturelle est dans leurs mains… je respecte les 85 ans de Zeffirelli et les 78 de Maazel, mais ils doivent comprendre qu’en 2008 l’esthétique a changé.
Robert Carsen
ajoute : “ En ces moments de grande crise où le gouvernement ne cesse de couper les vivres un peu partout, ces attaques ne peuvent que nuire à l’avenir du lyrique dans la péninsule”. Et pour terminer en beauté, Jurgen Flimm, l’actuel directeur de Salzbourg, rétorque : “Le maestro USA ne fuit pas notre festival… Il n’a pas été invité depuis 2001 !”
Et on finit par apprendre que toute cette affaire semble manœuvrée par le directeur du festival de Taormina,
Enrico Castiglione, qui souhaiterait prendre la place de Nicola Sani, directeur artistique de l’Opéra de Rome à partir de 2009 selon la volonté de Veltroni… Mais le nouveau maire de la ville, issu d’un parti d’une droite disons très déclarée et donc proche de Zeffirelli, ne veut pas de pions d’un adversaire politique et est prêt à licencier Sani en faveur de Castiglione… Pauvre art ! Castiglione avait mal calculé son coup… Sa Tosca – dans sa propre mise en scène totalement dépourvue d’idées, et dirigée mollement par Eugene Kohn – est taxée d’“inutile” par Enrico Girardi dans le Corriere du 24.
En lançant du festival de Salzbourg son “J’accuse”, le jour de son anniversaire le 28 juillet, le maestro Riccardo Muti n’a probablement pas imaginé provoquer une telle tempête. Il analysait tout simplement la situation musicale italienne, “ all’orlo del precipizio, sprofondata nella banalità e nel disordine ”.
Sacré débat ! Nous y reviendrons sous peu.
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