Natalie princesse d’opérette

La Fille du régiment qui vient de faire escale à New-York en provenance de Londres, nous rappelle l’éternel problème déjà évoqué par Mozart et Richard Strauss : Prima la musica e pol le parole ? La mise en scène de Laurent Pelly est bien connue grâce à la publication en DVD des soirées Londoniennes. Elle ressemble un peu trop à La Grande-Duchesse du Châtelet avec Felicity Lott, mais elle regorge d’idées et séduit le public avec ses multiples gags.

Donizetti a-t-il réellement composé une opérette ? Ne s’agit-il pas en réalité d’une comédie larmoyante aux échos d’un Settecento encore bien présent dans les airs de Marie et de Tonio ? La vérité musicale ne se trouve-t-elle pas dans le legs des couples Sutherland-Pavarotti et Anderson-Kraus ?

Le temps d’un soir le Met ne semblait plus se situer au Lincoln Center, mais en plein Broadway.

Dessay joue de manière convaincante se transformant presqu’en Charlot multipliant à l’excès des gags dignes du cinéma muet et finit par ressembler aux personnages qui entourent le grand Chaplin n’ayant rien compris de la modernité de cet auteur de génie. Le public délire et elle gagne son parti. Mais a-t-elle chanté pour autant ? Certes les réserves évoquées par la presse internationale lors de sa prestation dans Juliette, sur la minceur d’un timbre qui brille seulement dans le suraigu, sont moins évidentes ici, si l’on accepte de ne pas écouter “Il faut partir” et la grande plainte finale, exécutés sans la moindre idée de ce que bel canto romantique veut dire. Entre La vie parisienne et La fille du régiment il y a une belle différence ! Lily Pons, son illustre devancière au Met avait autrement appris sa leçon.

Juan Diego Florez sait chanter et comment ! Avec une telle aisance que le public en délire exige les bis de la série de contre-ut dans “Mes amis“. Le virtuose est impeccable, seul le timbre n’est pas celui d’un lirico di grazia.

La Marquise de Felicity Palmer est une Dame anglaise un peu trop digne : dès le premier acte nous devrions comprendre ce qui se cache derrière son masque faussement aristocratique, prête à céder un peu trop vite aux avances de Sulpice, un bravissimo Allessandro Corbelli.

La direction sage, gentille et délicate de Marco Armiliato était au service du plateau et surtout de deux stars.

La furbissima Dessay en a besoin, tout comme d’une mise en scène de ce style qui l’aide à cacher certaines inadéquations vocales. Au Met nous avons bien compris les raisons de son annulation à la Scala et sa décision de ne plus paraître dans la nouvelle Lucia du Met.

Alors… prima le parole ?


posté le Vendredi 6 juin 2008 à 13:13.

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Auteur :
Sergio Segalini

Biographie de l'Auteur :
Sergio Segalini est directeur artistique du Festival della Valle d´Itria de Martina Franca en Italie. Il a été directeur de La Fenice de Venise, et, pendant vingt ans, a dirigé la rédaction d´Opéra International. Il a également écrit de nombreux ouvrages sur l´opéra, dont Callas, les images d´une voix (van de Velde, 1979), Teresa Berganza (Fayard, 1982), Elisabeth Schwarzkopf, (Fayard, 1983), Meyerbeer (Beba, 1985) ou La Scala (Sand, 1989).

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