Entre un Verdi et un Donizetti, Mozart est toujours le bienvenu. Malheureusement la production signée par John Dexter date un peu trop, et sa vision d’un Orient de carte postale séduit seulement les nostalgiques. La direction plate, incolore et peu mozartienne de David Robertson ajoute à la légère déception.
La distribution offre la possibilité de faire le point sur des voix qui semblent s’imposer avec évidence dans le circuit international. A commencer par Diana Damrau choisie par Muti pour son Europa riconosculta et entendue aussi à Salzbourg. Sa belle colorature, d’école allemande, s’adapte bien à Konstanze, mais elle pourrait aussi bien chanter Blondchen. La voix pauvre dans les graves ne donne pas l’idée de la “coloratura drammatico d’agilita” chère à Mozart dans la lignée de La reine de la nuit. En belle artiste et surtout en musicienne accomplie, elle rend bien toutes les facettes de son personnage de la colère de “Martern aller arten” au pathétique de “Ich liebte” avec une technique appréciable.
Matthew Polenzani au chant solide ne contrôle pas assez le chant de Belmonte qui demande une précision instrumentale. Plus facile la tâche de Pedrillo, le “buffo” aide toujours à cacher les imperfections vocales. Et c’est aussi le cas du bien connu Kristinn Sigmundsson, truculent Osmin, mas sans aucune note grave. Aleksandra Kurzak, la plus parfaite de la distribution, dotée d’une belle voix lumineuse et précise, arrache de sonores applaudissements dans Blondchen… Mais la programmer comme sa collègue Damrau dans Rosine ou Lucia est une grave erreur. À moins que les temps des Grist ou Köth reviennent à grands pas.
Et pour varier la semaine, le Met affichait aussi la reprise de “The first Emperor” du chinois Tan Dun, que Placido Domingo avait créé la saison dernière. Quelques places vides (ce qui est rare au Met), un public somnolent (dont une partie quitte la salle après le premier acte), un modeste succès ont caractérisé cette soirée sans intérêt.
L’ouvrage voudrait trouver un équilibre entre le charme désuet de l’opéra chinois d’hier et les nouvelles lois de la musique contemporaine sans jamais y parvenir. Le livret écrit par le compositeur en collaboration avec Ha Jin n’est pas sans rappeler certaines thématiques de La femme sans ombre et raconte des épisodes de ce Premier Empereur qui fit construire la fameuse Grande Muraille. Mais récit réaliste et récit fantastique ne font jamais bon ménage. Sans la présence du Divo Placido, que serait-il advenu de cet ouvrage hybride ? Le tenorissimo traverse la scène en déclamant ici et là des phrases qui ne semblent pas le concerner, à la recherche vaine d’un personnage qui n’existe pas, ennuyé, comme fatigué. Puis vers la fin, il peut offrir quelques minutes d’un chant très central, ce qui suffit à rassurer son Fan Club.
La qualité vocale était surtout assurée par un Paul Groves amoureux très efficace et Sarah Coburn, dans le rôle de la fille de l’empereur, maîtrisant une tessiture d’une rare difficulté d’exécution.
Autrement dit, une soirée inutile, à moins qu’elle ait servi à améliorer les rapports économiques entre Chine et USA.
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