Rien de plus excitant que de comparer deux grandes scènes lyriques internationales aux prises avec une œuvre d’une grande difficulté d’exécution.
Le lendemain du malheureux Macbeth de la Scala (lire l’article du 14 avril “Un devoir manqué”, dans la liste des textes publiés ci-dessous), le Metropolitan affichait à son tour le Macbeth de Verdi dans une nouvelle production signée du grand spécialiste Adrian Noble (photo ci-contre). Au cube claustrophobe de Vick succèdent des colonnes qui se confondent avec les arbres de la forêt grâce à un procédé déjà vu dans certains Parsifal. Ce choix permet de passer d’une scène à l’autre sans cassure et surtout sans les absurdes entractes milanais (30 minutes après un tableau qui durait seulement 25 !) qui cassaient toute la cohésion dramatique de Shakespeare. Avec Noble, Macbeth représente toujours la folie du pouvoir d’hier comme d’aujourd’hui. Les sorcières, sorte de clochardes comme on en voyait jadis sur les trottoirs du Lincoln Center, omniprésentes, ne cessent d’hanter Macbeth, comme dans le plus terrible des cauchemars. On assiste à l’assassinat du roi et le lit (celui où dormait la Lady au moment de recevoir la lettre) se transforme en une cascade de sang. Le docteur et la servante, assis sur des chaises, assistent au somnambulisme de la Lady perchée sur d’autres chaises du salon comme un équilibriste dans un cirque. Vick comme Noble connaissent bien leur sujet et leurs conceptions, esthétiquement opposées, se rejoignent dans le fond.
Face au très médiocre remplaçant de Nucci à la Scala, Carlos Alvarez triomphe sans peine, les quelques signes de fatigue l’aidant à composer un Macbeth victime aussi bien des sorcières que des machinations de son épouse, aidé par son sens du legato et du cantabile propre à la mélodie verdienne. René Pape est un Banquo resplendissant, avec une voix de vraie basse (ce qui n’était pas le cas à Milan), ample et généreuse, riche et dense. Un triomphe aussi pour le Mucduff de Joseph Calleja ( photo ci-contre), au rayonnement éclatant et au lyrisme séduisant, parfaitement dirigé par James Levine, expert du phrasé verdien, de sa pulsation rythmique, de ses exigences théâtrales. Le catastrophique Ono de la Scala aurait mieux fait de bien écouter le maestro américain pour apprendre tous les secrets du style.
Mais à la Scala nous avions une Lady capable de chanter touts les notes de la partition, les seules réserves émises concernaient essentiellement le timbre d’une voix manquant de charisme et mieux indiquée pour Leonora. Au Met, Hasmik Papian (photo ci-contre) affiche une voix complètement sourde dans le bas médium qui devient celle d’un « lirichino » dans la zone centrale pour acquérir volume, projection et autorité seulement dans les notes extrêmes, arrivant à donner une vague impression du « drammatico di forza » exigé par Verdi. Afin de s’aider un peu, elle respire avant chaque aigu et supprime avec une rare désinvolture un certain nombre de notes gênantes surtout dans l’air d’entrée et dans le Brindisi ! Seules les grandes qualités du spectacle, du chef et de ses partenaires, sont arrivées à nous faire oublier une prestation nullement digne d’une grande scène. Un nuage dans un beau ciel d’été.
A la Scala, le petit rayon de soleil d’Urmana n’est pas arrivé à percer un gris trop opprimant.
Et le Met gagne 4 à 1… dans un opéra de Verdi ! Quelle défaite pour l’équipe milanaise !
Billets de ce blog en relation avec cet article
- Aucun billet en relation avec cet article.
Pas de commentaires.
Poster un commentaire :












