Une Fanciulla romaine

puccini.jpg Photo : portrait de Puccini.

L’Opéra de Rome rend hommage à son tour à Puccini à l’occasion du 150e anniversaire de sa naissance, avec la reprise de l’un de ses ouvrages les plus difficiles à monter de nos jours.

La Fanciulla del West qui, à sa création à New York, connaît un triomphe spectaculaire (47 rappels pour le compositeur) le 10 décembre 1910, non seulement exige 18 chanteurs sur scène, mais présente des difficultés d’exécution presqu’insurmontables. Lors de la première américaine la puissante Emmy Destinn, qui partage l’affiche avec Caruso et Amato sous la direction de Toscanini, ne fait pas l’unanimité de la critique. L’année suivante à Rome, Toscanini qui dans un premier temps ne semblait pas beaucoup admirer Puccini, parfaitement convaincu des splendeurs de la partition de La Fanciulla, choisit l’immense Eugenia Burzio, retrouve Amato dans Jack Rance tandis que Martinello fait pâlir Caruso en Dick Johnson. La carrière de l’œuvre sera désormais assurée grâce à la présence de voix larges et puissantes, franches dans l’émission et très pures dans l’aigu ! Or nos voix actuelles ne se spécialisent plus dans ces emplois, davantage intéressées par Mozart ou Bellini, Gluck ou Rossini, Haendel ou Donizetti. La dernière vraie Fanciulla dans l’Histoire du chant est probablement Magda Olivero, étonnante protagoniste à Rome en 1957 face à Giacomo Lauri Volpi, la seule à la hauteur d’une écriture meurtrière. Tebaldi, au disque comme sur le vif au Metropolitan y laisse les plumes. Plus plausible en revanche, Steber avec Mitropoulos à Florence en 1954.

opera.jpg Photo : Daniela Dessi et Fabio Armiliato, dans la Fanciulla del West.

Mais revenons à Rome où Daniela Dessi sans avoir l’exacte pointure de Minnie, a chanté avec une telle générosité, une telle fougue et une telle sincérité d’accent qu’elle a triomphé haut la main ! Tout le monde lui a pardonnée la tension extrême de certains aigus et un volume qui dans le médium manquait parfois de l’épaisseur nécessaire. Fabio Armiliato, son compagnon aussi dans la vie, restitue à Dick Johnson l’ardeur de l’amoureux, ses conflits, ses inquiétudes, l’exacte contraire de Mario del Monaco, tout muscles et hurlements de macho. Grâce à son chant plus lyrique, Armiliato nous a enfin fait entendre « Or son sei mesi » et « Ch’elle mi creda » avec sensualité, morbidezza et abandon, si proches de l’âme de Puccini. Avec le rôle de Jack Rance on a toujours entendu le pire, car avec l’excuse de jouer au « vilain » les barytons se permettent toujours tout. Silvano Carroli qui était déjà à l’affiche en 1988 dans ce même personnage, n’échappe pas à la règle. Avec la seule différence qu’encore aujourd’hui, il suscite notre admiration, car en dépit d’une longue carrière et d’un âge certain, il a gardé toute sa voix et son insolente projection.

Toute l’équipe des cow-boys qui se bousculent dans le saloon de Minnie ne mérite que des louanges. Mais comment pouvaient-ils être crédibles dans la mise en scène ultra vieillotte, ultra démodée de Giancarlo del Monaco. Retrouver presque un siècle après, le même saloon, la même ferme dans la montagne et le même gibet du troisième acte, reproduits avec le goût d’antan est une honte pour le Théâtre et une insulte pour le public qui est en droit d’exiger une nouvelle production. Sans parler du tableau final, insupportable image d’Épinal comme on en voyait dans certaines provinces jadis.

opera3.jpg Photo : le chef d’orchestre Gianluigi Gelmetti face à Daniela Dessi et Fabio Armiliato.

La superbe maestria directoriale de Gianluigi Gelmetti a fort heureusement attiré toute notre attention sur la partie musicale avec une approche d’une précision inouïe et une lecture dense, intense, riche et une maîtrise dans le tempo lascif, langoureux et sensuel qui a fait songer aux meilleurs soirs de Lorin Maazel, un expert mondialement reconnu dans l’univers de Puccini.


posté le Mardi 6 mai 2008 à 9:52.

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Auteur :
Sergio Segalini

Biographie de l'Auteur :
Sergio Segalini est directeur artistique du Festival della Valle d´Itria de Martina Franca en Italie. Il a été directeur de La Fenice de Venise, et, pendant vingt ans, a dirigé la rédaction d´Opéra International. Il a également écrit de nombreux ouvrages sur l´opéra, dont Callas, les images d´une voix (van de Velde, 1979), Teresa Berganza (Fayard, 1982), Elisabeth Schwarzkopf, (Fayard, 1983), Meyerbeer (Beba, 1985) ou La Scala (Sand, 1989).

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