Le temps aujourd’hui ? Gros nuages avec risque de tempête dans le ciel lyrique italien

Les musiciens d’orchestre du prestigieux Teatro alla Scala ont déposé la semaine dernière un préavis de grève qui risque de compromettre sérieusement la soirée du 7 décembre, l’une de manifestations les plus suivies du monde lyrique international. Daniel Baremboim, qui devrait diriger pour l’occasion une nouvelle production de Tristan et Isolde, n’a pas pu monter en attendant sur le podium du Requiem de Verdi prévu ces jours-ci à Milan et à Parme.
Francesco Rutelli, ministre des Beni Culturali, a rencontré à Milan le 13 novembre dernier,Stéphane Lissner, afin de trouver une entente possible avec les syndicats : aucun accord n’a pu être signé, pour la simple raison que l’Etat italien refuse d’établir une loi spéciale, qui donnerait à la Scala des privilèges refusés à d’autres scènes lyriques de la péninsule. Et cela en dépit des fortes pressions exercées par Madame Moratti, maire de la ville, et fidèle adepte de l’ancien gouvernement Berlusconi. Faute de révision de contrat de travail, certains musiciens ont quitté la fosse de la Scala pour émigrer dans des théâtres plus accueillants. Tobias Lee a choisi Vienne et Alessio Allegri Rome e t l’Orchestre de Santa Cecilia avec Pappano. Les autres vont-ils croiser les bras en attendant le 7 décembre? Pour le moment ils ont fait une seule exception:un concert en la Basilique Sant’Eustorchio sous la direction du maestro Daniele Gatti. La recette était destinée à un Institut de recherche médicale, qui soigne actuellement un collègue, en très graves conditions.

A la Fenice de Venise la situation n’est pas plus brillante. Samedi 17 novembre, les représentants du syndicat CGIL ont fait irruption dans les bureaux du surintendant Giampaolo Vianello,l’ont forcé à quitter son poste et ont occupé les lieux tout l’après-midi jusqu’à l’intervention des forces de la Police.Leurs revendications vont encore plus loin que celles de leurs collègues milanais, car ils exigent les démissions de leur patron, qu’ils considèrent un total incompétent. Le maire de la ville,le très médiatisé Massimo Cacciari,philosophe de formation,n’a nullement l’intention de leur donner gain cause.Un bras de fer qui risque de faire sauter la Turandot à l’affiche du 9 décembre prochain et surtout la générale du 7, une soirée conçue pour 400 magnats de la Haute Finance, prêts à débourser 1000 Euros non tant pour une Turandot de routine, mais pour s’offrir le luxe du dîner de gala et surtout celui de participer au bal “sontuosissimo” (pour utiliser un adjectif Verdien !) qui suivront le spectacle.
Et qui osera encore considérer “révolue” la société qui remplit la salle de la Fenice au début de Senso ou le grand salon de réception du Guépard ? Pour Luchino Visconti l’opéra n’avait aucun secret, celui de l’Ottocento comme celui du Novecento. En prophète de génie, il savait sans doute que même l’an 2000 n’aurait apporté aucun changement.


posté le Mercredi 12 décembre 2007 à 14:31.

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Auteur :
Sergio Segalini

Biographie de l'Auteur :
Sergio Segalini est directeur artistique du Festival della Valle d´Itria de Martina Franca en Italie. Il a été directeur de La Fenice de Venise, et, pendant vingt ans, a dirigé la rédaction d´Opéra International. Il a également écrit de nombreux ouvrages sur l´opéra, dont Callas, les images d´une voix (van de Velde, 1979), Teresa Berganza (Fayard, 1982), Elisabeth Schwarzkopf, (Fayard, 1983), Meyerbeer (Beba, 1985) ou La Scala (Sand, 1989).

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