L’humeur de juillet : Opéras trompe-l’oreille

Depuis quelques années, on voit refleurir à l’approche de l’été des affiches annonçant des représentations d’opéras devant des châteaux, de Sceaux à Vaux-le-Vicomte en passant par Champ-de-Bataille, le Sénat, Nancy ou Carcassonne. Les metteurs en scène en sont des people, ce qui permet une communication formidable, des places vendues sans difficultés et des recettes appréciables. Mais, comme il ne s’agit pas des Chorégies d’Orange ou de la Cour de l’Archevêché d’Aix-en-Provence, aux acoustiques exceptionnelles, le parti pris est de « sonoriser » les chanteurs. Pourquoi pas – si la sono est de qualité : hélas, cette année encore, ce n’est toujours pas le cas! Mais surtout, pour mener à bien une entreprise a priori sympathique (apporter l’opéra à ceux qui n’osent pas entrer dans des maisons d’opéras qu’ils jugent trop intimidantes), il faut que les artistes soient à la hauteur de la tâche! C’est là que le bât blesse avec une régularité attristante.

Distribuer un opéra comme Les Contes d’Hoffmann, le titre choisi cette année, est un casse-tête pour tout directeur d’opéra : on comprend donc la difficulté pour une structure qui prétend ne s’adresser qu’aux « jeunes talents du chant » ! Mais qui donc a pris la responsabilité de cette distribution? Qui a recruté l’orchestre? À quoi peut servir le fait de proposer, à l’exception d’un excellent Nicklausse, une caricature vocale, une approximation musicale, fut-ce dans une mise en scène plutôt réussie qui, sans invention extravagante, sait parfaitement déployer des images qui donnent à voir les sentiments de personnages qui existent vraiment? Pourtant, c’est la musique qui devrait d’abord les faire entendre, la mise en scène n’étant là que pour offrir à l’oeil un support d’interprétation, une plus value de sens qui la fait rayonner. Mais si la musique ne rayonne pas !…

Pour que cette entreprise soit viable, il faut que ses initiateurs s’interrogent vraiment sur le recrutement des artistes qu’ils engagent et qu’ils se souviennent que, pour chanter en plein air et amener des foules nouvelles à l’opéra, il faut disposer des éléments techniques d’une part et des éléments humains, c’est-à-dire vocaux, d’autre part. C’est ce qu’a réussi Pavarotti en son temps. Sinon à quoi sert finalement un tel spectacle en trompe-l’oreille ?


posté le Mercredi 25 juin 2008 à 9:00.

3 commentaires aucun rétrolien

Billets de ce blog en relation avec cet article

  • Aucun billet en relation avec cet article.

Commentaires

1. Le Jeudi 3 juillet 2008 5:42, par khazan

je suis allée voir les contes d'Hoffmann, et ai été éblouie par la beauté et la simplicité de la mise en scène, des lumières, de l'atmophère belle et poétique qui s'est dégagée de cette soirée. il est vrai que la sonorisation était d'une qualité médiocre.... Et que le qualité vocale était loin d'être à son meilleur niveau Mais ce fut une très belle soirée néanmoins; Merci pour vos petits billets d'humeur , pertinents et pleins d'une belle énergie.

2. Le Mercredi 9 juillet 2008 16:36, par BRUNSCHWIG Jean-Philippe

Alors là M. Alain Drault, bravo. C'est exactement ce que je penbse. Il ne sufit pas d'avoir les moeyens de monter un opéra, mais il faut un peu, tout de même, être connaisseur. Genève monte la saison prochaine les contes d'Hoffamnn, mais dans la mise en scène de Py que j'ai trouvée horrible: il faut aussi qu'elle accompagne l'opéra, ce n'est pas une mise enb scène + un opéra...c'est un tout et les spectateurs n'ont pas besoin d'acteurs en jeans et baskets pour comprendre. On peut faire simple avec de simples rideaux et de bons interprêtes bien choisis même si on ne peut pas s'offrir des "stars". Diable il y a une foule de chanteurs en France inemployés qui trouvent fortune à l'étranger. Merci cher Alain Duault de défendre si bien l'opéra. J.Ph. Brunswick

3. Le Jeudi 24 juillet 2008 13:33, par Anne-Sophie Jacouty

...Nous nous retrouvons sur ce spectacle aussi approximatif musicalement que de mauvais gout... J'évoquais moi-meme ces Contes d'Hoffmann sur mon blog qobuz "Histoires de Gout", en juin. Je ne comprends meme pas que l'on ose produire des choses pareilles, alors que tant de chanteurs et de metteurs en scène de talent demeurent sans travail... N'oublions pas aussi que si ce genre de productions vise effectivement un public a priori "intimidé" par l'institution opéra, le prix des places n'en reste pas moins sournoisement élévé... Une bien triste entrée dans le "grand répertoire". Car pourquoi rabaisser le niveau, dès qu'il s'agit de "vulgariser" ? Jean Vilar, lui, aspirait plutot à un "élitisme pour tous". Cordialement, ASJ

Poster un commentaire :



Auteur :
Alain Duault

Biographie de l'Auteur :
Journaliste, poète et romancier, Alain Duault est le “ monsieur musique classique ” de RTL et de France 3. Son premier recueil de poèmes, Colorature, est paru chez Gallimard en 1977. Il a également publié, entre autres, La Dévoyée (Belfond, 1996), Verdi, une passion, un destin (Gallimard, 2000) et Frédéric Chopin (Actes Sud, 2004).

juin 2008
L Ma Me J V S D
« mai   sept »
 1
2345678
9101112131415
16171819202122
23242526272829
30