Depuis quelques années, on voit refleurir à l’approche de l’été des affiches annonçant des représentations d’opéras devant des châteaux, de Sceaux à Vaux-le-Vicomte en passant par Champ-de-Bataille, le Sénat, Nancy ou Carcassonne. Les metteurs en scène en sont des people, ce qui permet une communication formidable, des places vendues sans difficultés et des recettes appréciables. Mais, comme il ne s’agit pas des Chorégies d’Orange ou de la Cour de l’Archevêché d’Aix-en-Provence, aux acoustiques exceptionnelles, le parti pris est de « sonoriser » les chanteurs. Pourquoi pas – si la sono est de qualité : hélas, cette année encore, ce n’est toujours pas le cas! Mais surtout, pour mener à bien une entreprise a priori sympathique (apporter l’opéra à ceux qui n’osent pas entrer dans des maisons d’opéras qu’ils jugent trop intimidantes), il faut que les artistes soient à la hauteur de la tâche! C’est là que le bât blesse avec une régularité attristante.
Distribuer un opéra comme Les Contes d’Hoffmann, le titre choisi cette année, est un casse-tête pour tout directeur d’opéra : on comprend donc la difficulté pour une structure qui prétend ne s’adresser qu’aux « jeunes talents du chant » ! Mais qui donc a pris la responsabilité de cette distribution? Qui a recruté l’orchestre? À quoi peut servir le fait de proposer, à l’exception d’un excellent Nicklausse, une caricature vocale, une approximation musicale, fut-ce dans une mise en scène plutôt réussie qui, sans invention extravagante, sait parfaitement déployer des images qui donnent à voir les sentiments de personnages qui existent vraiment? Pourtant, c’est la musique qui devrait d’abord les faire entendre, la mise en scène n’étant là que pour offrir à l’oeil un support d’interprétation, une plus value de sens qui la fait rayonner. Mais si la musique ne rayonne pas !…
Pour que cette entreprise soit viable, il faut que ses initiateurs s’interrogent vraiment sur le recrutement des artistes qu’ils engagent et qu’ils se souviennent que, pour chanter en plein air et amener des foules nouvelles à l’opéra, il faut disposer des éléments techniques d’une part et des éléments humains, c’est-à-dire vocaux, d’autre part. C’est ce qu’a réussi Pavarotti en son temps. Sinon à quoi sert finalement un tel spectacle en trompe-l’oreille ?













