L’humeur de mai : L’art de nommer

L’art de nommer est un des ressorts essentiels d’une bonne gestion des équilibres culturels. Plusieurs options se proposent pour cela au pouvoir ou à l’institution. Faire semblant de déléguer ce choix à des « personnalités compétentes » : cela a été le cas pour désigner le directeur de l’Opéra-Comique, dont on peut raisonnablement penser que sa nomination préexistait à la constitution d’une commission qui n’a eu qu’à jouer un rôle fantoche. Or, puisque le choix était tout à fait honorable et justifié, pourquoi en passer par cette comédie? Faire attendre interminablement et susciter des candidatures de diversion quand le choix s’impose d’évidence : cela a été le cas pour désigner le successeur de Gerard Mortier à l’Opéra de Paris.

 

Tous ceux qui savent ce qu’il en est des nécessaires qualités d’un directeur de l’Opéra de Paris s’accordaient sur le nom de Nicolas Joel. Il a fallu pourtant qu’un ultime forcingamène le ministre d’alors à accepter cette évidence qu’un brouillage parisiano-mondain semblait lui cacher… Auditionner à huis clos des candidats de valeurs diverses et décider in fine, de manière égalienne. C’est une pratique de quelques responsables de chaînes de télévision qui arguent que, pour présenter des soirées musicales, il est préférable de choisir des personnalités qui n’ont aucun rapport avec le sujet! Comme si, pour présenter les JO, on s’adressait à un critique littéraire ou… à un animateur d’émission de musique classique, considérant que sa « fraîcheur d’approche » constituerait un plus !…

Dans cette même perspective d’une nomination à huis clos et régalienne, on ne peut qu’être étonné du retard accumulé dans la nomination du successeur de Dominique Meyer (appelé à la direction de l’Opéra de Vienne) à la tête du théâtre des Champs-Élysées : sans doute Raymond Soubie, le président du conseil d’administration, est-il accaparé par sa tâche de  conseiller du président de la République, mais il n’en demeure pas moins que, le temps passant, les programmations seront plus difficiles à réaliser pour l’heureux élu.

 

Nombre d’autres figures de la nomination pourraient être considérées, de celle du prochain directeur de la Villa Médicis à celle du patron de France Télévisions. Sans oublier, pour rester dans le domaine musical, les nominations des directeurs d’opéras : qui succédera à Paul Émile Fourny à Nice, à Serge Dorny à Lyon, à Renée Auphan à Marseille ? Et comment seront-ils nommés? Ne pourrait-on imaginer une procédure claire, transparente, adéquate à toutes les nominations – démocratique en quelque sorte? Ou doit-on admettre la pertinence du titre de l’émission de France 3 : Faut pas rêver !


posté le Mercredi 14 mai 2008 à 11:51.

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Auteur :
Alain Duault

Biographie de l'Auteur :
Journaliste, poète et romancier, Alain Duault est le “ monsieur musique classique ” de RTL et de France 3. Son premier recueil de poèmes, Colorature, est paru chez Gallimard en 1977. Il a également publié, entre autres, La Dévoyée (Belfond, 1996), Verdi, une passion, un destin (Gallimard, 2000) et Frédéric Chopin (Actes Sud, 2004).

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