C’est entendu, la mise en scène de Krzysztof Warlikowski pour le Parsifal de Wagner à Bastille était d’une médiocrité confinant à la nullité : direction d’acteurs convenue dans un décor qui se veut moderniste et n’est que laid, transposition fade dans un xxe siècle de convention avec un fatras hétéroclite sans plus-value signifiante, platitude générale guère provocatrice (Warlikowski n’est qu’un pâle épigone d’un Marthaler).
Pourtant, au milieu de ce qui n’aurait dû susciter qu’accablement ou indifférence, quelques spectateurs ont cru bon de conférer l’auréole du scandale à cette mise en scène en vociférant de façon indécente quand, en prologue à l’acte III, un bref extrait du film de Rossellini, Allemagne, année zéro, fut projeté.
Bien sûr, on peut regretter encore une fois l’assimilation entre Wagner et le nazisme - mais, en l’occurrence, ces images possédaient une force poétique réelle, en rapport de surcroît avec le sujet, c’est-à-dire avec la problématique de l’innocence et du Mal, avec le questionnement de l’enfer comme miroir du monde (ce que concentre la dialectique Klingsor/Parsifal - ou ce que décline l’ambivalence de Kundry). Alors ?
Que les malotrus qui ont manifesté avec vulgarité leur réprobation n’aient rien compris, ce n’est qu’une triste habitude, qu’ils en aient appelé au « respect » dépasse les bornes : car, outre l’irrespect vis-à-vis du travail d’un metteur en scène et de son équipe (dont on peut certes critiquer le résultat), ceux qui sifflaient et huaient étaient les mêmes qui avaient applaudi à la fin de l’acte I… au mépris de la volonté de Wagner qui souhaitait que le public demeurât plongé dans le recueillement à l’issue du repas mystique !
Respect ? Et que dire de ces grappes de spectateurs qui, la dernière note à peine éteinte, se précipitaient vers la sortie, sans bien sûr daigner applaudir les artistes et sans égard pour les pieds de ceux qu’ils écrasaient dans le noir en partant ! Respect ?
Cette malheureuse anecdote montre encore une fois à quel point le public ne supporte pas le silence : il n’est que d’écouter chaque intervalle entre les mouvements d’un concerto ou d’une symphonie, chaque précipité à l’opéra, pour entendre un concert de toux, de raclements de gorge, de chuchotements divers. Respect ?
Alors, ces images fortes diffusées dans le silence nu, c’était insupportable ! Que la musique ait été magnifiquement servie, par un orchestre, un chef et surtout un plateau vocal exceptionnel, tout cela semblait de peu d’importance pour ces spectateurs qu’une minute de silence et quelques images faisant appel à leur intelligence et à un peu de sens poétique avaient rendu hystériques. Respect ?
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Commentaires
2. Le Jeudi 26 juin 2008 11:40, par Raphaël GARAUD
L'opéra, mais aussi le chant et la musique dans leur ensemble, sont des moments privilégiés quand on est présent dans la salle....notamment! Ici qu'importe de ne pas connaître l'oeuvre par coeur...certains anciens suivaient la partition en même temps que le spectacle à une époque assez lointaine il est vrai, pour vérifier que les aigus entendus étaient bien ceux qui étaient écrits par le compositeur....sans aller jusque là on ressent d'abord et avant tout ce qui s'entend et se voit.....on peut entendre dix fois Faust avec des interprétations différentes et y prendre un plaisir extrême.....mais certains aiment montrer leur culture comme ils montreraient des estampes japonaises....je ne sais si cela leur permet de mieux apprécier une oeuvre....car leur comportement manque de sensibilité au beau....a ce qui touche le coeur...et là point besoin d'avoir fait le conservatoire,ou de connaître sur le bout du doigt un opéra dont on a oublié tout ce qui en émane en fait.....sinon les théâtres seraient vides ou presque.....et c'est bien le contraire qui se produit! Ecouter un CD d'un opéra en revoyant mentalement le spectacle qui nous a fait tant aimer cette oeuvre est une forme de bonheur que je souhaite aux "ignorants" y compris de bonnes manières, et aux insensibles de tous bords, à cette forme d'art qui est universelle....Circulez donc dans le monde et écoutez.
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1. Le Vendredi 2 mai 2008 23:00, par Anne Moyat
Ce sont bien là les réactions de ceux pour qui l'opéra n'est pas un luxe et qui vont à la Traviata comme d'autres au mégarama. La musique, Monsieur, c'est une grande chose. Dommage qu'il y ait les mélomanes... Ceux là même qui connaissent par coeur l'oeuvre de Verdi, de Mozart, qui en ont entendu toutes les interprétations (ou presque), qui savent différencier une suite d'une fugue, et qui prennent place sur les fauteuils d'orchestre en espérant que cette fois, cette fois peut être, ils seront surpris. Je les reconnais bien là, les enfants gâtés de la culture, les rassasiés de la grande musique, ceux qui ont eu la chance d'être éduqués au Beau. Mais comme je les plains en même temps, de n'avoir plus l'émerveillement perpetuel de ceux pour qui un soir d'Opéra reste une exception, ceux pour qui un soir d'opera, c'est avant tout un grand soir...