En cette période de confrontation électorale où chacun affûte ses arguments, on reste pantois devant la démonstration par l’absurde opérée à l’Opéra-Bastille avec la nouvelle production de Luisa Miller de Verdi signée Gilbert Deflo !
On sait que le directeur de l’Opéra de Paris est un prosélyte de la relecture moderne des oeuvres lyriques et il a réussi quelques « coups » remarquables, dont le Don Giovanni confié à Michael Haneke, un des spectacles lyriques les plus excitants de ces dernières années. En même temps, il a aussi irrité en laissant Christoph Marthaler, qui avait proposé une passionnante Katia Kabanova, déformer et torturer Les Noces de Figaro comme pour leur faire avouer quelqu’improbable secret.
Pourtant, qu’on accepte ou qu’on refuse tel ou tel parti pris scénique, on est toujours intéressé par une réflexion dramaturgique, fût-elle inaboutie. Pourquoi donc avoir laissé ériger ce monument de ringardise qu’est cette « mise en scène » de Luisa Miller ? Un décor navrant de chromo tyrolien, des costumes de kermesse au village, une direction d’acteur aux abonnés absents, des choeurs figés comme en attente d’un discours de distribution des prix et de malheureux solistes laissés à l’abandon sur une moquette synthétique vert pomme, style terrasse de maison témoin à la Foire de Paris !
C’est affligeant ! Verdi était un compositeur en prise sur son temps qui tournait le dos aux vieilleries musicales et théâtrales : lui infliger aujourd’hui ces images d’Épinal, c’est le trahir ! Mais, plus généralement, entre le « gauchisme » révolutionnaire d’un Marthaler ou d’un Warlikowski et le repli réactionnaire et archi-conservateur d’un Deflo, il doit bien y avoir un juste milieu, un nouveau centre à trouver pour que les oeuvres qui nous procurent des émotions musicales nous montrent aussi une vérité théâtrale sans provocation inutile ni régression infantile !
Le pied de nez ironique de cette Luisa Miller peut amuser les happy few au deuxième ou au troisième degré - mais que vient chercher le public à l’Opéra : une démonstration idéologique ou un spectacle, beau, fort, expressif, vrai ?
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