L’humeur de février : Plus de pub ? Chiche !


 

L’annonce faite par Nicolas Sarkozy lors de sa conférence de presse a fait l’effet d’une bombe : plus de publicité sur la télévision publique ! Bien évidemment, les bons apôtres qui prônaient la mesure depuis des années rechignent… puisque ce n’est pas eux qui en ont eu l’initiative  (Michel Rocard l’avait proposé quand il était Premier Ministre – mais François Mitterrand avait calé…). D’ailleurs, la commission initiée par Xavier Darcos sur l’évolution des métiers de l’enseignement la recommande. Et depuis des années, on entend les responsables de la télévision publique opposer leur volontarisme en matière de culture aux fatales contraintes publicitaires. Pour autant, il est bien clair, comme le souligne Patrice Duhamel, directeur général de France-Télévision, qu’ « il n’est pas question de faire un ‘super Arte’ » – mais bien de donner la possibilité à la stratégie du «  virage éditorial » engagée par Patrick de Carolis et Patrice Duhamel d’aller au bout de sa logique. Car, si ce « virage éditorial » porte déjà ses fruits avec par exemple la diffusion sur France 2 de pièces de théâtre en direct et en première partie de soirée (et avec quel succès !), avec la création sur France 3 d’un rendez-vous mensuel sur l’opéra, L’heure de l’opéra, diffusé le samedi à 23h, avec l’arrivée sur France 2, durant les vacances, de Jean-François Zygel et de ses leçons de musique…, il est évident qu’il y a encore beaucoup à faire : les émissions musicales régulières demeurent programmées à des heures très tardives, après minuit, parfois même à des heures « indécentes » (pour reprendre le mot de Patrick de Carolis lors de son premier discours), bien peu d’opéras sont diffusés en dehors de l’été, pratiquement pas de ballets, les productions régionales, lyriques ou théâtrales, sont ignorées… Tout cela, c’était la contrainte de l’Audimat. Tout va-t-il donc changer avec la disparition de la publicité ? Peut-on imaginer que la télévision publique française ressemble à la BBC… ou à une radio privée comme RTL qui programme tous les matins (le prime time de la radio) un journal culturel, Laissez-vous tenter, où l’on parle avec simplicité et passion de films, de livres, de disques, d’opéra, de théâtre, de BD, d’expositions, etc…, qui programme aussi tous les dimanches, de 13h30 à 14h30, une émission entièrement consacrée à la musique classique ? La télévision publique a commencé à changer ces derniers mois, lentement : le coup de starter du Président de la République peut-il lui donner les moyens de transformer cet essai ? Chiche !    


posté le Jeudi 24 janvier 2008 à 14:07.

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Commentaires

1. Le Jeudi 14 février 2008 9:42, par Philippe D

Je suis assez d'accord avec vous sur le "chiche" ! Toutefois, personne ne semble de toute façon en mesure de dire quel est le bon modèle économique pour permettre à un plus grand nombre de développer son éducation musicale. Car je pense qu'il s'agit bien de ce point et non pas d'une simple question de quota d'heures de diffusion du classique par rapport aux autres genres musicaux ou d'autres émissions. Je pense, pour ma part, que ce n'est pas forcément en diffusant plus de concerts ou d'opéras que l'accès du plus grand public à la musique sera mécaniquement développé. C'est certainement un mix de ces retransmissions, mais aussi d'émissions mixant divertissement intelligent et pédagogie, et surtout des reportages bien faits sur des compositeurs et interprètes pour mieux pénétrer cet univers et aider les auditeurs à le décrypter. Je suis persuadé que le coût de production d'une émission de Jean-François Zygel n’est pas supérieur à celui d'un "talk show" de divertissement racoleur (voire moindre, compte-tenu de la proportion nettement inférieure de "peoples" dans les leçons de musique...). Il y a encore malheureusement trop de personnes qui pensent que le classique est une discipline réservée à une élite, d'ailleurs vieillissante, et qui seule détient les clés pour comprendre une certaine rhétorique. Les directeurs de chaîne et producteurs auront en outre certainement le courage de programmer des émissions musicales et des concerts à d'autres horaires qu'au delà de 23h quand, également, un cercle vertueux se développera autour de l'enseignement de la musique, de sa proximité au jour le jour. Notre tradition scolaire er universitaire française conduit déjà naturellement à aborder le répertoire classique de façon absolument pas spontanée, contrairement à des pays comme le Royaume Uni ou l'Allemagne où, déjà, la proportion d'enfants pratiquant un instrument de musique et / ou le chant choral est infiniment plus importante. Et pour cela, les médias de retransmission de la musique classique n'ont pas tous les leviers. L'exemple de Qobuz, comme du développement inévitable des sites collaboratifs sur Internet vont sûrement faire que ce sujet devienne finalement au faux débat. Le temps que l'on monte le nouveau modèle économique entre chaînes publiques et chaînes privée, l'audience télévisuelle continuera certainement à décliner fortement et le plus jeune public aura, je l'espère, commencé sa petite révolution d'appropriation du classique via le net. C'est pourquoi, personnellement, je pense que les vrais enjeux sont au niveau de l'éducation scolaire et universitaire comme de l'environnement familial et associatif pour fournir un éveil structuré à la musique car, malheureusement, Internet tend un autre piège, celui d’un contenu d’autant plus pléthorique qu’il n’est pas naturellement organisé, hiérarchisé et, parfois, certifié. Philippe D.

2. Le Mercredi 20 février 2008 23:18, par Paul da Ponte

Monsieur, Je n'arrive pas a comprendre la logique selon laquelle la présence de publicité à la TV (et, plus en général dans un média) serait un obstacle à la diffusion de contenus de qualité élevée, pour une audience de même dimension. Qobuz a de la publicité, le Nouvel Observateur en a aussi (beaucoup), etc. Si la BBC pouvait vendre de la publicité, elle aurait une audience encore plus large, car elle aurait davantage de moyens pour faire davantage ce qu'elle sait faire: des programmes de qualité qui attirent des audiences larges et variées. Ce sont les chaînes commerciales anglaises qui, pour cette raison évidente, se battent pour maintenir le statut-quo. Et les politiques qui, pour des raisons tout aussi évidentes, préfèrent être la seule source de financement. Google utilise la ressource publicitaire pour offrir des services généralement considérés de qualité élevée (dans son domaine) et par là, augmenter son audience, donc la ressource publicitaire: un exemple de "cercle vertueux". La capacité à livrer de la qualité à des audiences larges dépend uniquement de l'intelligence, compétence et créativité des professionels. La publicité (dont la présence et le volume dépend d'un grand nombre de décisions documentées, rationnelles et indépendantes) leur fournit des moyens supplémentaires, et davantage de liberté. Merci pour votre attention. P.d.P.

3. Le Jeudi 28 février 2008 8:29, par Renée V...

Bonjour, La Publicité a pris une proportion d'environ 30 mn, avant le programme commençait vers 20 h 30, actuellement il faut attendre 21 h. Certaines publicités vont à la dérive, des images qui n'ont rien à voir avec le produit vendu; la Publicité 10 mn pas plus. Les émissions de musique classique sont beaucoup trop tard, 23 h, minuit, 1 heure du matin. Je me souviens d'une émission d'Eve Ruggiéri, au moins une musique classique bien commentée, vers 20 h 30; nous aimerions voir davantage des pièces de théâtre, théâtre des 2 Anes, afin que les Provinces profitent des spectacles Parisiens. Un autre point, pour les spectacles musique classique, opéra, nous, spectateurs, devenons méfiants sur la mise en scène moderne qui, en fait, ne respecte pas l'écriture, la conception du compositeur. Dernièrement, je suis allée voir Coppélia musique Léo Delibes, pauvre Léo Delibes ! la chorégraphie de Cisco Aznar est une moquerie sur beaucoup de point ! pour des spectateurs qui aiment cette belle musique de Léo Delibes, avec le titre Coppélia, le spectateur pouvait partir dès la première partie. Alors, attention prévoir de la musique classique, de l'Opéra,mais dans le respect, l'écriture des compositeurs.

4. Le Jeudi 13 mars 2008 23:23, par BIZOT Jacques

D'accord pour supprimer la publicité, car aucun sponsor ne metra un Kopeck sur une émission musicale à 20h30. Pour augmenter la connaissance de la musique classique chez les jeunes, pourquoi ne pas revenir à la formule des "Jeunesses musicales de France" les J.M.F. fondée par le regretté Nicoly. C'est là, avec Emile Vuillermoz, Norbert Dufourg et tous les autres, que j'ai appris a aimer la musique. Il faut relancer les délégations style JMF dans les collèges et lycées afin d'attirer les jeunes a des concerts commentés qui leur permetrait de faire connaissance avec les compositeurs et leurs inte^prètes.

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Auteur :
Alain Duault

Biographie de l'Auteur :
Journaliste, poète et romancier, Alain Duault est le “ monsieur musique classique ” de RTL et de France 3. Son premier recueil de poèmes, Colorature, est paru chez Gallimard en 1977. Il a également publié, entre autres, La Dévoyée (Belfond, 1996), Verdi, une passion, un destin (Gallimard, 2000) et Frédéric Chopin (Actes Sud, 2004).

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